THE CHURCH-YARD
OF
EYLAU
7 February 1807
LE CIMETIÈRE D'EYLAU
(7 février 1807)
translated and edited by Geert van Uythoven
« La
Grande-armée n'eut pas un long repos dans les cantonnements que l'empereur lui avait
fait prendre après la bataille de Pultusk. Sur la fin de janvier, Bennigsen se
dis- posa brusquement à reprendre l'offensive, mais il n'avait pas assez bien
dérobé ses mouvements aux avant-gardes françaises, pour qu'on n'eut pas conçu
de vagues soupçons. Bernadotte se chargea de lui prouver à Mohrungen que,
malgré la supériorité du nombre il en contait cher d'attaquer les vainqueurs
d'Iéna. Le champ de bataille fut glorieusement disputé, mais comme une marche
en avant n'entrait pas en ce moment dans les desseins de l'Empereur, le prince
de Ponte-Corvo se mit en retraite sur Osterode, où il concentra ses troupes.
Aux premiers mouvements du général ennemi, Napoléon saisissant le défaut de ses
manœuvres, entrevit aussitôt la possibilité de couper et d'anéantir cette
armée, qui se compromettait d'avantage à chaque pas. Le génie de la France,
semblait déjà lui préparer une de ces victoires, qui plongeaient le monde dans
la stupeur. Il n'était besoin que d'attirer l'ennemi sur la Vistule, et
Bennigsen donnant dans le piège, s'empressait de venir débloquer Grandeutz,
tandis que Bernadotte se retirait lentement sur Thorn. En même temps les autres
corps, manœuvraient pour rompre l'aile gauche des Russes et couper leur ligne
de retraite. Mais cette fois l'orage finit par un éclair et non par un coup de
tonnerre, Un aide de camp que le major-général envoyait à Bernadotte avec des
dépêches détaillées se laissa prendre par des Cosaques, et n'eut pas assez de
présence d'esprit pour anéantir ses instructions. Bennigsen, prévenu du danger,
se hâta de quitter la route de Thorn et vint prendre position entre le Passarge
et l'Alle. Mais il fallut rétrograder encore, lorsque le maréchal Soult eût
enlevé le pont de Bergfried à la suite d'un brillant combat, qui coûta près de
deux mille hommes aux ennemis. Espérant empêcher la jonction des corps de la
Grande-armée, les Russes se retirèrent sur Eylau, séparés par la Passarge des
Prussiens de Lestocq, que le maréchal Ney serrait de près pour les rejeter hors
du théâtre des opérations.
La journée
du 7 février fut consacrée par Murat et le maréchal Soult à déblayer les
approches d'Eylau. La nuit était depuis longtemps venue qu'une arrière-garde
russe, établie en avant de la ville résistait avec une opiniâtreté, qui faisait
pressentir la boucherie du lendemain.
Il était
dix heures du soir, lorsque après une lutte sanglante et prolongée les Russes
renoncèrent enfin à défendre le cimetière d'Eylau. Qui pourrait rendre l'aspect
de cette scène d'horreur ? Les pâles rayons de la lune, et les rougeâtres
lueurs d'un caisson que l'incendie achevait de consumer répandaient sur le
champ des morts une funèbre clarté ; de grands pans d'ombre projetés par les
plus hautes tombes tremblaient au souffle de la rafale qui commençait à chasser
d'épais tourbillons de neige; et l'imagination frappée eût pu prendre les
grands ifs du cimetière pour des fantômes couverts de leur linceul. Les
gémissements des blessés se confondaient en une plainte sourde et continue que
dominaient par intervalles quelques cris arrachés par une plus vive
douleur. »
“The Grande Armée did not have a
long rest in their quarters which the emperor had assigned to them after the
battle of Pultusk. The end of January, Bennigsen abruptly posed to take the
offensive again, but he had not concealed his movements for the French advanced
guards rather well, so that vague suspicions had not been conceived. Bernadotte
was given the responsibility to prove to them in Mohrungen that, despite their
superiority of numbers it would be expensive to attack the winners of Jena. The
battlefield was gloriously disputed, but an early advance did not suit at this
moment the intentions of the Emperor and the prince of Ponte-Corvo took his
retreat on Osterode, where he concentrated his troops. With the first movements
of the enemy General, Napoleon grasped the mistakes in his manoeuvres, foresaw
at once the possibility of cutting off and destroying his army, which was
compromised its advantage every step. The genius of France seemed already to
prepare another one of his victories which plunged the world in stupor. It was
necessary only to attract the enemy on the Vistula, and Bennigsen entered the
trap, hastening himself to come to liberate Grandeutz, while Bernadotte was
withdrawing slowly on Thorn. At the same time the other corps manoeuvred to
surround the left wing of the Russians and to cut off their line of retreat.
But this time the storm was ended by a flash and not by a thunder clap: an
aide-de-camp which the major-general sent to Bernadotte with detailed
dispatches let himself be taken by Cossacks, having not enough presence of mind
to destroy the instructions. Bennigsen, in order to avoid the danger, hastened
to leave the road of Thorn and taking up a position between the Passarge and
Alle. But it was necessary to retreat even further, after Marshal Soult had
removed the bridge of Bergfried following a brilliant combat, which cost the
enemy nearly two thousand men. Hoping to prevent the junction of the various
corps of the Grande Armée, the Russians withdrew themselves to Eylau,
separated by Passarge of the Prussians of Lestocq, who was pressed closely by
Marshal Ney to keep him out of the theatre of operations.
February 7th was devoted to Murat and
Marshal Soult to clear the approaches of Eylau. The night had already fallen
for a long time before that object was reached because of the Russian
rear-guard, which had established itself in front of the city and resisted with
an obstinacy which was an omen of the butchery of the following day.
It was at ten o’clock in the evening when
after a bloody and prolonged fight the Russians finally gave up defending the
cemetery of Eylau. Who would be able to describe all aspects of this scene of
horror? Pale moonbeams, and the reddish gleams of a caisson which’ fire
enabling a clear view of this field of death with a cold clearness; large sides
of shade projected by the highest tombs trembled with the breath of the gust
which started to drive out thick eddies of snow; and struck imagination had
been able to take the large pine-trees of the cemetery for covered phantoms of
their shroud. The moanings of wounded merged in a deaf and continuous complaint
in which by intervals some cries torn off by a sharper pain dominated.”
Source: Ch.-L. de Beaufort, “Le
cimitière d’Eylau”, in ‘Le Militaire’, 2. Année (La Haye 1844) pp. 447-448.
© Geert van Uythoven