L’AFFAIRE DE

PALAMOS

CATALOGNE

13 DÉCEMBRE 1810

composed by Geert van Uythoven

 

Le 13 décembre 1810, vers une heure de l'après-midi, deux vaisseaux de ligne , une frégate et quatre à cinq bâtiments anglais parurent devant Palamos, et débarquèrent 800 hommes avec quatre canons de campagne, à l'ouest du port. Pendant ce temps, une frégate, une corvette et un brick se dirigeaient à l'est, et mettaient à terre 300 hommes, afin d'attaquer la ville des deux côtés à la fois. Dès les premières dispositions de l'ennemi, et ses forces reconnues, le commandant Emion conçut le projet de le laisser pénétrer dans la ville, afin de l'isoler de ses vaisseaux, seul moyen de parvenir à le terrasser complètement.

 

Voulant cacher son but aux Anglais et avoir le temps de prendre les mesures nécessaires pour qu'ils ne pussent pas enlever, dans l'espace d'une heure, les bâtiments de l'Etat et ceux du commerce qui étaient dans le port, le commandant Emion envoya des détachements vers les deux points de débarquement, avec ordre d'y prendre des positions avantageuses, de s'opposer au passage de l'ennemi, de l'arrêter dans sa marche pendant une demi-heure, s'il était possible, et de se retirer ensuite, savoir: le détachement de l'ouest à la belle position du moulin de Saint-Jean de Palamos, où le commandant Emion devait se porter avec le reste de son bataillon, et l'autre détachement sur une éminence près et à gauche de Palamos, point qui se lie avec celui du moulin, et qui devait protéger la rentrée de nos troupes dans la ville.

 

Ces deux détachements s'acquittèrent vaillamment de leur mission; pressés par les colonnes de l'ennemi, ils se replièrent sur les positions qui leur avaient été indiquées: la conservation de nos bâtiments étant alors assurée, et les canons de la batterie encloués, le chef de bataillon Emion se retira en même temps au moulin avec sa troupe. Ce mouvement rétrograde fit éclater, dans les rangs anglais, des transports de joie mêlés de huées; mais à peine étaient-ils arrivés aux premières maisons de la ville, que les Français tombèrent sur ces glorieux ennemis au pas de charge, en deux colonnes, l'une dirigée vers le port de Palamos, où se trouvaient toutes leurs chaloupes, afin de leur ôter, par cette manœuvre, le seul moyen de retraite qu'ils eussent, et l'autre conduite par le commandant Emion droit au couvent, où les Anglais, réunis en masse, cherchaient à se former en bataille. La marche de nos braves fut si prompte, et leurs baïonnettes si meurtrières, que ces fiers enfants d'Albion furent culbutés et défaits complètement. Sur 1100 anglais débarqués, 800 au moins, tant tués que blessés ou faits prisonniers, restèrent en notre pouvoir.

 

Les 200 où 300 qui parvinrent à rejoindre leurs vaisseaux, formant une colonne laissée sur la plage avec les quatre canons de campagne, entre Saint-Antoine et Palamos, pour nous observer ou nous inquiéter, s'empressèrent de se rembarquer dans les chaloupes qui suivaient leurs mouvements, dès qu'ils nous virent nous ébranler pour fondre sur la ville. Parmi les prisonniers se trouvaient sept à huit officiers, entre autres, le capitaine de vaisseau Fane, qui commandait l'expédition.

 

Aussitôt que les vaisseaux anglais virent le désastre de leur entreprise, ils mirent à la voile et disparurent.

 

Le commandant Emion eut dix hommes tués et vingt-un blessés dans cette affaire, pour laquelle on donna douze croix de la Légion d’honneur à son bataillon.

 

 

Extrait du Moniteur du 14 février 1811

 

« Londres, le 7 février. (Courier, journal anglais)

 

Nous avons reçu ce matin les malles de Malte et de Cadix. Les journaux de cette dernière ville confirment malheureusement la prise du capitaine Fane, commandant le Cambrian, avec sept ou huit officiers, et 400 matelots et soldats de marine. Il avaient détruit un convoi dans la baie de Palamos 1), et avaient ensuite effectué une descente; mais l'ennemi ayant été instruit par deux déserteurs, ils furent attaqués, et on leur coupa la retraite avant qu'ils pussent regagner leurs vaisseaux.

 

Il parait, d'après les rapports faits au gouvernement sur cette affaire, que le Kent, le Cambrian et quelques autres vaisseaux, débarquèrent environ 900 hommes à Palamos, pour détruire huit gros bâtiments marchands, protégés par une corvette et deux chebecs, et destinés à ravitailler Barcelone. La totalité des vaisseaux marchands fut détruite, à l'exception de deux qu'ils emmenèrent; mais au lieu de se rembarquer, nos matelots se répandirent dans l'intérieur de la ville, où ils eurent 130 hommes tués, 280 à 300 blessés, et autant de prisonniers. Le capitaine Fane fut fait prisonnier. »

 

1) Cette assertion est fausse. Les Anglais n'ont pas détruit de convoi aux Français, et aucun déserteur n'est venu instruire ces derniers.

 

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Source: Anonyme, “Relation de l'affaire qui a eu lieu contre les anglais, le 13 décembre 1810, a Palamos (Catalogne), ou le commandant Emion était détaché avec son bataillon (3e Régiment d'Infanterie Legere), fort de 350 hommes présens, ayant un détachement a Saint-Feliu-De-Quixol”, in ‘Le Spectateur Militaire’, Tome 4. (Paris 1828) pp. 144-146.

© Geert van Uythoven