DÉFENSE DE

TARRAGONNE

ESPAGNE

1811

éditeur Geert van Uythoven

Source: Général Contreras (gouverneur de Tarragonne), “Sitio de Tarragona” (Madrid 1813).

 

Note: Les apostilles d'accompagnement sont du rédacteur anonyme français !

 

 

« La ville de Tarragonne, placée au nord et sur le rivage de la mer, à six out huit cents toises de l’embouchure de la petite rivière de Francoli, forme un parallélogramme rectangle, dont les grands côtes, courant de l’est à l’ouest, ont environ six cents toises, les petits de trois à quatre cents. Cette place est environnée de murailles, ouvrage des Romains, détruites dans leur partie occidentale pendant la guerre de la succession, et remplacées par un rempart de huit à dix pieds d’épaisseur, flanqué de quatre bastions.

 

L’un, appelé Cervantes, avoisine la mer avec laquelle il communique au moyen d’une coupure que j’ai fait pratiquer, et à qui j’ai imposé le même nom qu’à l’ouvrage. Les deux qui suivent immédiatement, portent les noms de Jésus et de Saint-Jean : dans celui-ci, se trouve la porte qui mène de la ville au faubourg. Le quatrième est le bastion de Saint-Paul, où j’ai exécuté une autre coupure qui s’appela du Rosaire, parce qu’elle joignait un ouvrage de l’enceinte extérieure portant ce même nom.

 

Les coupures, placées au extrémités droite et gauche du rempart moderne, avaient pour objet d’empêcher l’ennemi de déboucher sur les flancs de la ville, une fois qu’il se serait emparé de l’enceinte extérieure et du faubourg.

 

Le côté de Tarragonne qui regarde la mer, ne pouvait être attaqué avec succès par un ennemi qui manquait de marine. Aussi les Français se bornèrent ils sur ce point à de simples démonstrations.

 

Il existait plusieurs ouvrages avancés tout à fait séparés de la place ; le plus important et le mieux entendu sur les hauteurs d’Olivo, un second sur le monticule de Lorette, tous deux à quatre cents toises des murailles. Un troisième se trouvait à une distance du double, à l’embouchure et sur la rive gauche du Francoli.

 

 

Legende :

 

A.

Bastion du Port

Q.

Fort Saint-Georges

B.

Bastion Saint-Charles

R.

Fort de la Reine

C.

Bastion du Moulin

S.

Bastion et porte Saint-Antoine

D.

Fort Royal

T.

Bastion de Cervantes

E.

Demi-lune du Roi

U

Bastion de Jésus

F.

Bastion d’Orléans ou des Chanoines

V.

Bastion et porte Saint-Jean

G.

Bastion Saint-Jacques

X.

Bastion Saint-Paul

H.

Bastion Daint-Domingo

Y.

Bastion Sainte-Barbe

I.

Bastion de la Penia

Z.

Bastion Saint-Diego

J.

Bastion et porte du Rosaire

a.

Bastion Saint-Dominique

K.

Fort du Roi

b.

Fort du Francoli

L.

Fort Saint-Pierre

d.

Lunette du Prince

M.

Fort de Plarembourg

e.

Coupure du Milagro

N.

Fort et tour Saint-Gerony

f.

Ouvrage avancé

O.

Fort de la Croix

g.

Fort Olivo

P.

Places d’armes

 

 

 

Numéros et armement des batteries :

 

 

Batteries de côte

12.

4 mortiers, dont 2 de 10 pouces et 2 de 8 pouces

1.

2 pièces de 24

13.

2 mortiers de 12 pouces, et 2 obusiers de 6 pouces

2.

2 mortiers de 12 pouces

14.

6 pièces de 24

3.

2 pièces de 24

15.

4 obusiers de 8 pouces

4.

2 mortiers de 10 pouces

16.

7 pièces de 24 et 3 de 16, 2 mortiers de 6 pouces

 

 

17.

6 pièces de 24

 

Attaques du fort Olivo

18.

3 pièces de 16

5.

3 mortiers de 8 pouces

19.

3 pièces de 24

6.

4 pièces de 24

20.

4 pièces de 24

7.

3 pièces de 16

21.

8 pièces de 24

8.

2 obusiers de 6 pouces

22.

6 pièces de 24

 

 

23.

4 mortiers de 12 pouces

 

Attaque principale

24.

4 obusiers de 8 pouces

9.

6 pièces de 24

 

 

10.

4 mortiers de 12 pouces

 

 

11.

8 pièces de 16

 

 

 

Indépendamment de ces trois forts, et pour protéger le faubourg (appelé Ville-Bas par les Français), qui remplit la plus grande partie de l’intervalle existant entre le rempart et la rivière, régnait du bastion Saint-Paul au fort Francoli, une chaîne de bastions appelés le Rosaire, Sainte-Catherine, Saint-Dominique, d’Orléans, du Roi et de Saint-Charles. Une coupure de quatre-vingts toises unissait ce dernier avec la mer. En avant de la coupure se trouvait la batterie de Saint-Joseph, couverte à une quarantaine de pas par lunette du Prince, distante de cent pas du fort Francoli.

 

Dans l’intérieur même du faubourg, derrière le bastion d’Orléans, était situé le fort Royal, de forme carrée, avec un bastion à chaque angle, construit à la même époque que le rempart, et dans l’intention, comme tout le système extérieur vient d’être décrit, de mettre à l’abri d’une surprise le côté le plus vulnérable de la place.

 

Je crois inutile de parler des défenses des forts septentrional et oriental, par la raison que l’ennemi n’a pas jugé à propos de les attaquer.

 

Le général français Suchet, à la tête de quarante mille hommes d’infanterie et de six à huit mille de cavalerie, menant cent pièces de grosse artillerie et tout l’approvisionnement nécessaire à un siége, se présenta devant Tarragonne qu’il investit complètement du côté de terre le 4 mai 1811. Il coupa sur-le-champ l’aqueduc dont la ville tirait la plus grande partie de l’eau nécessaire à ses habitants : toutefois cette privation fut supportable, parce qu’il existait des moyens d’y suppléer.1)

 

1) La total de l’armée de siége, y compris la division d’observation, montait, au commencement du siège, à 18,000 hommes. L’équipage de siége était de 64 bouches à feu approvisionnées à 700 coups (Journal des Attaques).

 

 

Le premier effort des Français se dirigea sur le fort Olivo, dont les ouvrages, d'environ huit cents toises de développement, étaient armés de soixante pièces d'artillerie.2)

 

Le 5, quatre sorties successives troublèrent les approches de l'ennemi et lui coûtèrent du monde.3)

 

Le 6, un corps de miquelets, parti de Manresa, essaya d'enlever Monblanc, ville placée à l'embouchure des routes qui, de Tarragonne et de Reuss, conduisent à Lérida ; mais ils ne parvinrent pas à déloger l'ennemi qui se trouva en force. Néanmoins, plusieurs sorties de la garnison du fort inquiétèrent et retardèrent ses travaux.

 

Le 8, les Français construisirent dans la nuit une grande redoute sur le bord de la mer. A la pointe du jour, un vaisseau anglais de soixante-quatorze, deux frégates et trois chaloupes canonnières essayèrent de ruiner cet ouvrage. Les travailleurs se couvrirent non sans quelque perte.4)

 

Le 10, entre à Tarragonne le général en chef, marquis de Campoverde, avec des troupes qu'il ramenait du côté de Figuières, place qu'une surprise avait fait tomber en notre pouvoir, mais qui ne put se soutenir faute de ravitaillement et de secours.

 

La nuit du 13 au 14, les Français emportèrent avec grande perte les ouvrages extérieurs du fort Olivo. Au matin du 14, la garnison essaya de la déloger, ce que ne permit pas la supériorité de leur nombre et le renouvellement des renforts.5) Durant cette action, les chaloupes canonnières aperçurent les assiégeants, et les incommodèrent considérablement par leur feu.

 

Le 18, la garnison de Tarragonne fit une sortie contre quelques bataillons français qui se montrèrent à cent vingt toises du fort Francoli, et les culbuta après un combat vif et opiniâtre. Cependant, comme la prudence ne permettait pas de s'écarter de la place, ils revinrent en force, quand nos troupes rentrèrent occuper une position bien achetée par leur perte en morts et blessés.

 

La nuit du 20, la garnison du fort Olivo fit une sortie vigoureuse pour détruire les travaux de l'ennemi, pendant qu'un corps de 800 hommes, sorti du fort de Lorette, attaquait la redoute placée entre ce fort et la mer. Mais le nombre des ennemis leur permit de se maintenir, malgré leurs pertes en morts et blessés.6)

 

2) Tous les ouvrages étaient défendus par 2,000 hommes et 47 bouches à feu (Journal des Attaques). Le rapport du général Suchet, du 3 juin, porte la garnison à 2,580 hommes, dont 380 canonniers ou sapeurs.

 

3) Ce n’étaient que des travaux d’investissement, la tranchée ne fut ouverte devant le fort d’Olivo, que la nuit du 21 au 22 mai.

 

4) Le travail n'en fut pas retardé.

 

5) Les ouvrages extérieurs étaient à 200 toises du fort ; une semblable sortie était de celles que Vauban appelle d'ostentation ; la nuit était aussi favorable aux assiégeants qu'aux assiégés. La sortie eut le résultat qu'elle devait avoir.

 

6) Toujours des sorties qui , contre des ouvrages terminés et bien disposés , devaient causer des pertes à l'assiégé, sans retarder les travaux des assiégeants.

 

 

Le 21, le brigadier Sharsfield tenta une diversion du côté d'Alcover, mais il fut repoussé de la position qu'il avait prise par des forces que l'ennemi y dirigea.

 

Le 23, une nouvelle attaque des miquelets nous rendit maîtres de Monblanc, que nous conservâmes jus-qu'au 25 où les Français nous en chassèrent.

 

Cependant l'ennemi poussait avec activité ses travaux, nonobstant un-feu qui lui mettait hors de combat bien du monde. Dès le 23 il avait armé deux nouvelles batteries sur la côte, qui forcèrent l'escadre anglaise à se ternir hors de portée. Ils établirent, moyennant cette protection, une communication de six cents toises entre leurs redoutes et le pont sur le Francoli. Le même jour ils tracèrent une parallèle devant le fort Olivo, à cinquante toises en avant des ouvrages dont ils s'étaient emparés dix jours auparavant, et comme le sol se trouva de roc vif il leur fallut employer des gabions et apporter de fort loin la terre destinée à les remplir. Malgré ces difficultés, ils construisirent une première batterie de brèche à soixante toises du fort.

 

Dans le journées des 24, 25 et 26, l'attaque de droite des Français couronna les escarpes de Francoli, et jeta sur cette rivière un pont qui fut couvert par une flèche.

 

Le 27, la batterie de l'attaque de gauche devant le fort Olivo, fut armée de quatre pièces de vingt-quatre... L'ennemi en commença trois autres malgré les difficultés du terrain, ..... Il employa jusqu'à deux cents hommes pour traîner une pièce, usant de menace pour les retenir sous le feu meurtrier du fort jusqu'a ce que les canons fussent en état de tirer. Aussi par cet effort téméraire et par l'effet d'une sortie perdirent-ils un grand nombre de soldats. 7)

 

Pour s'opposer à la sortie, le général Salm se présenta à la tête d'une colonne. Mais lorsqu'il voulut lancer sa troupe sur la nôtre, au cri d'en avant, il reçut une blessure dont il mourut presque aussitôt, et de ce moment le fort reçut des Français, le nom de Salm au lieu de celui d'Olivo.

 

7) Tous ces travaux ont été exécutés sous un feu meurtrier, avant que le nôtre ait commencé, et dans moins de temps que n'en demandent les journaux de siéges fictifs : la sortie devait en effet causer ici du mal aux assiégeants. La tête des cheminements était plus loin de la parallèle que du fort.

 

 

Le 28, l'ennemi, démasquant ses batteries, se mit à tirer sur celles du fort, y démonta quelques pièces, renversa le cavalier, les parapets et les batteries de l'angle nord, qui était la partie la moins flanquée de l'ouvrage. Toutefois nonobstant un succès obtenu avec peu d'efforts, à raison du défaut de solidité d'une construction élevée avec trop de célérité et de négligence 8), ils ne se hasardèrent pas encore a donner l'assaut, redoutant une valeur dont la garnison avait fait preuve à leur grand dommage. Ils continuèrent à tirer dans d'autres directions, afin de démonter les pièces que l'on servait encore à la gauche du fort.

 

Le 29, à sept heures du soir, ils donnèrent l'assaut sous les ordres du général Ficatier, mais avec une telle ignorance, qu'ils auraient probablement perdu les troupes qu'ils y employèrent (car s'étant précipités dans le fossé, leurs échelles se trouvèrent de cinq à six pieds trop courtes pour escalader la brèche), si les constructeurs de cet ouvrage n'avaient commis la faute de ne pas barrer l'aqueduc, ce qui permit aux assaillants d'entrer par cette issue, et de prendre à dos les défenseurs du fort. Les Espagnols, quoique surpris de voir l'ennemi derrière eux, firent face à la fois de ce côté et de celui de l'attaque. Quoique écrasés par la foule toujours croissante de leurs ennemis, ils se battirent comme des lions deux heures entières, au bout desquelles, cédant à la fatigue et au nombre, ils se replièrent sur Tarragonne.

 

8) On voit, dans le paragraphe qui suit, que ce fort était cependant assez bien conçu et bien exécuté, puisque les assiégeants ne purent y entrer que par la cape d'un aqueduc, entreprise audacieuse et difficile.

 

 

Cette action fut très-sanglante parce qu'au moment de l'assaut il se trouvait fortuitement dans le fort, et sa garnison ordinaire et les troupes que, chaque semaine, on y envoyait de la place pour la relever : de façon que 4,000 hommes des nôtres rivalisèrent en cette occasion de valeur et d'opiniâtreté, causant à l'ennemi une perte de plus de 2,000 hommes, que le général Suchet dans son rapport du 3 juin réduisit à 250 9)... La perte des Espagnols fut peu considérable, puisque le rapport avoue qu'il ne fut fait que 8 à 900 prisonniers, et que les hommes manquant aux corps qui rentrèrent dans la place n'excédèrent pas le nombre de 1,000.

 

J'arrivais de Cadix sur la frégate ‘la Preuve’, et l'on venait de me donner le commandement du front et de la porte du Rosaire, qui est la plus voisine et presque en face le fort Olivo. Je passai la nuit à protéger la rentrée des régiments qui avaient pris part à l'action. L'ennemi n'inquiéta point leur retraite, ce que sa nombreuse cavalerie lui rendait facile, vu la distance de la place au fort, l'obscurité de la nuit et l'impossibilité où je me serais trouvé d'user contre lui du feu de mes batteries. Aussi ne tirèrent-elles que sur le fort que l'ennemi venait enlever.

 

9) Le gouverneur n'était pas placé de manière à connaître nos pertes mieux que nous.

 

 

Le jour suivant, 30 mai, le général Campoverde assembla les généraux, les chefs de l'artillerie et du génie, les députés de la junte supérieure de Catalogne, etc. Après que chacun eut dit son avis sur les moyens propres à procurer la délivrance d'une place qui, selon moi, ne pouvait résister à un siège réglé, à cause des nombreuses défectuosités d' une fortification peu solide, à moins qu'on ne s'occupât immédiatement d'achever ceux des ouvrages qui manquaient de consistance, de fossés et de chemins couverts ; d'ouvrir des portes pour faciliter les communications et aider aux sorties qui auraient pour objet, soit de chasser l'ennemi de ses tranchées, soit de lui reprendre les ouvrages qu'il nous enlèverait ; après, dis-je, que toutes les opinions eurent été recueillies, le général en chef décida que je demeurerais chargé de défendre la place 10).

 

Vainement j'alléguai qu' arrivé tout à l'heure je ne connaissais les chefs, les troupes, les autorités ni la place dont il n'existait pas même un plan sous nos yeux ; encore moins les ressources d'un pays qui m'était comme étranger ; rien enfin de ce qu'il importe qu'un officier n'ignore point quand il veut répondre dignement à la confiance qu'on lui témoigne..... Tout fut inutile et je reçus le lendemain un ordre écrit de défendre Tarragonne jusqu'aux dernières extrémités.

 

Le même jour, 30 mai, à dix heures du matin au sortir du conseil, le général en chef envoya le colonel O'Ronam avec 1,500 hommes pour réoccuper le fort Olivo que ce même officier, au commencement de notre séance, prétendait avoir été évacué par l'ennemi. Le fait ne se vérifia pas, et O'Ronam repoussé revint bientôt sur ses pas avec perte d'une vingtaine de tués ou de blessés.

 

10) La description de Tarragonne donnée au commencement de cette relation, et le détail du siège, prouvent que cette place n'était pas aussi mauvaise que le gouverneur veut le faire croire. Si elle n'avait pas été capable d'être bien défendue, les Français n'auraient pas mis tant d'importance et d'opiniâtreté à s'en emparer.

 

 

Le jour suivant 31, le général en chef Campoverde, l'état-major de l'armée, et les principaux habitants sortirent de la ville. En la quittant le général s'engagea solennellement à reparaître sous ses murs avant huit jours à la tête de toutes ses troupes, afin d'opérer de concert avec moi la levée du siège.....

 

Tarragonne, faible comme je l'ai dépeinte et privée déjà du principal de ses ouvrages extérieurs, réduite, quand j'ai entrepris sa défense , à sa seule enceinte , a fait une résistance telle que n'en ont point fait et n'en feront pas de plus honorable les places de premier ordre, bien qu'elle fût attaquée par une armée nombreuse à qui rien ne manquait de ce qui est nécessaire à un siége 11).

 

La meilleure preuve que Tarragonne n' était pas tenable, et que sans d'énormes dépenses on n'aurait pu l'élever au rang des places vraiment fortes, c'est que les Français l'ont fait sauter et l'ont abandonnée. Cependant à leur sortie d'Espagne ils ont mis garnison dans toutes les forteresses susceptibles de résistance, et aucune n'en aurait reçu à meilleur titre que Tarragonne, si on eut entrevu à sa défense quelques chances de succès, puis-qu'en se maintenant sur ce point ils assuraient la communication de Barcelone et du Lampourdan avec Tortose , etc.

 

Si donc ils n'ont pas jugé à propos d'y tenir comme ils firent à Barcelone, Figuières, Tortose, Lérida, Gironne, Sagonte, Péniscola, Santona, c'est qu'ils ne l'ont pas mise au rang des places qui ne peuvent tomber qu'à la suite d'un siège réglé ou d'un blocus aussi bien conduit que ceux de Saint-Sébastien et de Pampelune 12).

 

11) Cela prouve évidemment la place était bonne.

 

12) La preuve donnée ici n'est pas concluante. Les Français ne pouvaient pas enfermer dans Tarragonne autant de monde que les Espagnols y en avaient jeté. Le général Suchet ne conserva que l'enceinte supérieure. Les Anglais vinrent l'attaquer en 1813, et furent contraints de se retirer après dix-huit jours de siège, en abandonnant trente pièces de canon. De nouvelles combinaisons de guerre forcèrent ensuite les Français à raser ce qu'ils avaient d'abord gardé et défendu.

 

 

Aussitôt que le général en chef fut sorti de la place, je réglai le service entre les troupes, j' établis une police militaire, je formai les habitants en compagnies, j'occupai jusqu'aux femmes à fabriquer des cartouches et de la charpie, etc. En général, je n'eus pas à stimuler, mais à diriger le zèle de la population, où chacun, selon sa force, son sexe et son âge, se porta de la meilleure volonté à tout ce que réclamaient les circonstances.

 

Dans la nuit du 1er au 2 juin, l'ennemi, que la prise du fort Olivo rendait libre de ses approches, ouvrit la tranchée devant le bastion d'Orléans que les Français nommaient le bastion des Chanoines. Ils établirent la première parallèle à cent toises de cet ouvrage, et lui donnèrent un développement de quatre cents, la droite s'appuyant au Francoli. C'était le côté faible de l'enceinte extérieure, et sous ce rapport le plan était bien conçu ; mais ils ne simulèrent point d'autre attaque, ce en quoi ils firent mal, parce qu'ils me permirent de diriger mes bombes et mes obus sur un point unique, qu'enfilaient les batteries de Francoli, et même, par moment, les chaloupes canonnières 13). De cette façon, mes feux directs retardant ses travaux 14), et mes feux verticaux lui détruisant du monde, principalement parmi les troupes chargées de la garde des tranchées, la perte fut infiniment plus considérable qu'elle n'aurait dû l'être.

 

A partir du 2 juin l'ennemi employa plusieurs jours à étendre et perfectionner ses cheminements, ainsi qu'à y disposer des batteries, sans que nos sorties fréquentes  et le feu le plus meurtrier pussent l'en détourner. 15)

 

13) Le front d' attaque fut fixé du côté de Francoli; sur la ville basse et le port, c'était le seul côté ou l'on put trouver de la terre pour se couvrir (Journal des Attaques).

 

14) On verra qu'ils ont marché plus vite qu'on ne l'aurait estimé, d'après les journaux de Cormontaingne.

 

15) Le feu des assiégés fut sans doute meurtrier, comme en convient le Journal des Attaques, mais il n'empêcha pas de faire arriver la sape à dix toises de la palissade dés la 6e nuit, c'est-à-dire plus rapidement qu'on ne doit arriver, d'après les journaux de siéges de Cormontaingne, sur la crête des glacis des lunettes d'une place bien défendue. Les attaques ont été exécutées conformément aux règles, c'est pourquoi l'effet des sorties ne pouvait être de retarder les cheminements des assiégeants.

 

 

Le 7 au matin, il battit en brèche le Francoli avec cinq batteries de cinq pièces de vingt-quatre chacune 1). La mitraille de ce fort, les bombes et les obus de la place causèrent aux attaques beaucoup de dommages. Cependant je ne pus parvenir à éteindre leur feu qui bientôt ruina lès frêles revêtements de cet ouvrage et rasa les épaulements des batteries, de sorte que la garnison se trouva totalement à découvert dès les dix heures du matin, ce qui ne l'empêcha pas de faire feu jusqu'à sept du soir, moment où j'autorisai le colonel Roten à se retirer dans la place en y ramenant ses canons.

 

Ainsi l'assaut prétendu, dont parle le rapport du général Suchet, n'eut pas lieu, et le fort n'est tombé en son pouvoir que par suite d'une évacuation qui ne pouvait être différée 2); toutefois, comme je viens de l'exposer, cette occupation lui coûta cher.

 

Maîtres de Francoli, les Français y établirent six pièces de vingt-quatre pour éloigner du mouillage les embarcations qui se trouvèrent bientôt à l'abri derrière le môle ou je leur avais d'avance assigné une place hors de la portée du canon. Ailleurs ils continuèrent leurs travaux ; la seconde parallèle était achevée le 13, et sur-le-champ une seconde batterie y fut disposée, à cinquante toises seulement du fort San-Carlos.

 

16) Le rapport du 13 juin dit qu'il y avait 25 bouches à feu en batterie, dont 10 pour battre en brèche.

 

17) Le général Suchet convient que les assiégés n'ont point fait de résistance, et se sont enfuis dans la ville (rapport du 13 juin ). Cela n'empêche pas qu'il y ait eu assaut ; il avait été ordonné, parce que le général en chef voyait avancer l'artillerie.

 

 

La veille j'avais fait sortir le brigadier Sharsfield avec trois mille hommes qui combattirent de minuit à deux heures du matin, chassant devant eux les travailleurs, dont ils tuèrent bon nombre. Le général Suchet ne parle point ce cette action non plus que d'une attaque exécutée par trois cents grenadiers. Ceux-ci, s'avançant dans un silence profond, sautèrent brusquement dans la tranchée, dont ils trouvèrent les premiers postes endormis. Pour provoquer cette négligence de l'ennemi, j'avais fait cesser le feu à la tombée de la nuit ; gardes et travailleurs étaient dans une sécurité profonde ; tout fut égorgé ou pris. Parmi les morts se trouva l'officier commandant, qui fit une résistance désespérée 18)...

 

Le 16 juin, à dix heures du soir, l'ennemi surprit à son tour les quatre cents hommes chargés de défendre la lunette du Prince ; un fort petit nombre des nôtres parvint à rentrer dans la place par la coupure Saint-Charles. Maîtres de l'ouvrage, les Français en tournèrent les canons contre le bastion le plus voisin, qui se trouva ainsi battu de deux côtés. Sous la protection de ces feux convergents, s'ouvrit une   troisième parallèle, et trois sapes pleines furent exécutées, dont une sur l'angle saillant du chemin couvert, l'autre sur la demi-lune. Ils couronnèrent la crête du glacis et effectuèrent la descente du fossé au bastion d'Orléans, l'un des ouvrages où le cheminement avait présenté le plus d'obstacles.

 

Attentif à ces progrès de l'ennemi, je fis préparer, derrière le point où l'assaut paraissait imminent, les retranchements convenables. Je fis contre-miner le bastion menacé et tous les fourneaux prêts à jouer ; mais que servent les meilleures combinaisons de défense, lorsque ceux que l'exécution regarde manquent de sang-froid au moment d'agir? Le général le plus expérimenté ne peut calculer que des probabilités, et disposer des moyens applicables à chaque espèce de chance ; du reste, on ne peut prétendre qu'il doive se trouver à la fois partout, puisque Dieu seul a ce privilège 19)...

 

18) Ces sorties ont pu avoir lieu, mais elles n'ont nullement retardé la marche des attaques, puisque le 15 les couronnements des chemins couverts étaient exécutés. Ces sorties ne devaient pas avoir d'autres résultats, parce que les attaques étaient selon les règles.

 

19) Il n'y eut donc point de guerre souterraine.

 

 

Le 21, de grand matin, l'ennemi recommença son feu ; un de mes obus, qui fit sauter le dépôt de munitions d'une de ses batteries, le ralentit un moment. Toutefois, à cinq heures du soir il y avait trois brèches praticables, preuve évidente de la mauvaise construction de cette enveloppe extérieure, car quand les revêtements des remparts sont solidement établis, il n'y a pas d'artillerie qui puisse les ébranler avant trente-six heures 20). De plus, cette même soirée, les Français eurent en leur faveur une autre chance, sur laquelle j'ai des sein de ne pas m'expliquer. Je regarde son influence comme tellement décisive, que je ne doute pas que sans cet événement la défense ne se fût prolongée, et que même l'ennemi n'eut été repoussé ; mais les moyens les mieux concertés ne peuvent rien contre les décrets de la toute-puissance divine, qui sans doute avait arrêté la perte de Tarragonne.

 

Enfin, un peu avant la nuit du 21, les assiégeants, formés en cinq colonnes, attaquèrent simultanément les bastions Saint-Charles, d'Orléans et le fort Royal. Nos troupes les reçurent avec intrépidité ; mais, après une vive résistance, elles durent abandonner les ouvrages, et se retirer vers le corps de place. Les Français pénétrèrent en foule par les trois brèches, se mêlèrent avec les nôtres, et de cette mêlée résulta un grand carnage des uns et des autres.

 

J'étais placé sur le rempart au-dessus de la porte Saint-Jean, à la tête d'une réserve qui eût appuyé les défenseurs de l' enceinte extérieure s'ils fussent parvenus à rejeter l'ennemi hors des brèches. Mais, voyant au contraire revenir vers moi amis et ennemis pêle-mêle, je dus faire fermer la porte, sans quoi la place était immanquablement enlevée. Je criai à mes troupes de se former en bataille au pied du mur, ce qu'elles exécutèrent avec promptitude et intelligence, en se séparant des Français. Lorsque je les vis sous la protection de mon feu, je commençai une fusillade et une mitraillade terrible, qui fit reculer les assaillants avec une perte effrayante en morts et blessés dont le sol demeura couvert. Un de leurs capitaines eut la témérité de ramener sa compagnie de grenadiers jusqu'à la porte qu'ils ébranlaient avec les crosses de leurs fusils. Mais ils payèrent cette audace, presque tous y restèrent et des premiers le capitaine et son tambour qui tombèrent à deux pas de la porte.

 

20) Une foule d'exemples prouvent qu'il suffit de douze heures, et même moins, pour que des batteries qui tirent d' aussi près que celle de Tarragonne fassent brèche aux meilleurs revêtements.

 

 

Sans l'accident sur lequel je ne me suis pas expliqué 21), l'ennemi ne pénétrait pas dans le faubourg, ou il en était rechassé dans la nuit.

 

De minuit à trois heures du matin, les troupes à qui j'avais dû fermer la porte Saint-Jean, rentrèrent dans la place en sautant par-dessus les coupures Cervantes et du Rosaire. Au matin je me fis donner une situation des corps, et je vis que notre perte ne passait pas cinq cents hommes, tandis que celle des Français fut immense 22).

 

Dans cette même nuit du 21, l'ennemi ouvrit sa première parallèle contre le corps de place en face du fort Royal, appuyant sa gauche au bastion de Saint-Dominique et prolongeant sa droite jusqu'à la mer. Maître du faubourg, il l'était nécessairement du môle sur lequel il établit une pièce de vingt-quatre et un obusier pour incommoder nos bâtiments dans le nouveau port appelé le Miracle, lequel devint dès ce moment notre seul point de communication avec l'escadre auxiliaire. La prise du faubourg nous priva d'une fontaine qui fournissait abondamment aux besoins des troupes et des habitants, ce qui nous occasionna quelque gêne, mais non une disette absolue le reste du siège.

 

Le 22, de onze à une heure de la matinée, les trois vaisseaux et les deux frégates composant les forces anglaises, firent un feu terrible sur les nouvelles positions de l'ennemi. Les troupes qui soutenaient les travailleurs et les hommes qui s'éparpillaient pour dévaster les maisons abandonnées du faubourg, eurent principalement à souffrir de cette canonnade et du feu non moins terrible de la ville. Aussi les travaux coûtèrent un nombre prodigieux d'hommes aux Français 23).

 

21) Il est à regretter que le général Contreras ne s'explique pas.

 

22) Comment pouvait-il le savoir dans sa seconde enceinte d'ou il ne pouvait voir la première ?

 

23) Il n'en fut pas moins exécuté 70 toises de tranchée, et des logements au travers des maisons.

 

 

Avant la prise du faubourg, les sorties s'effectuaient par les portes des ouvrages avancés. Je fus réduit alors à n'y employer que la porte du Rosaire qui était en vue du fort Olivo. J’empêchai les Français d'établir sur ce point une batterie qui aurait enfilé tout notre front du bastion de Saint-Paul à celui de servantes. Nos troupes ne pouvant s'y tenir, l'ennemi se serait approché du rempart dégarni de défenseurs, et aurait pu ouvrir des brèches sans avoir à souffrir d'autre feu que celui des bastions.

 

Le moyen des sorties, seul efficace pour arrêter le progrès des cheminements, dont on doit user avec d'autant plus de fréquence, que l'assiégeant s'approche davantage du corps de place, et qui produit les plus remarquables effets, comme il y a paru à la porte du Rosaire, où mes attaques, sans cesse renouvelées, empêchèrent la construction d'une batterie qui eût décidé du sort de la ville 24) ; ce moyen, dis-je, je ne pus y recourir sur le front d'attaque dont j'ai déjà décrit la disposition, et dont les imperfections étaient si sensibles, que les Français qui eurent tout le loisir nécessaire pour étudier Tarragonne, dans le commencement de la guerre actuelle, n'y virent pas un obstacle plus fait pour les arrêter, que l'enceinte ordinaire de ces bourgades que personne n'a jamais songé à défendre.

 

A la seule inspection du rempart et des bastions dont je donne un croquis, il n'est pas besoin d'être ingénieur ni même militaire pour apprécier l'impossibilité d'y tenter des sorties, puisque la seule porte existant n'a pas le moindre ouvrage qui la couvre, et que le front tout entier n'a pas le plus petit fossé, conséquemment de chemin couvert ni de réduit. Du moment ou la porte eut été ouverte, la batterie qui l'enfilait aurait foudroyé la colonne qui eût essayé de sortir ; et, supposé qu'on n'eût pris en aucune considération le sang qu'il fallait prodiguer uniquement pour déboucher, si, dans l'action, l'ennemi recevant du renfort repoussait la sortie, où et comment se fussent retirées les troupes repliées? Il suffisait à l'assiégeant de poursuivre avec chaleur pour m'obliger, comme à la prise du faubourg, à fermer la porte, car si je ne prenais ce parti, l' ennemi entrait à leur suite. Or, les laisser dehors en présence des forces supérieures, c'était les vouer à la mort ou à la captivité. En admettant que l'ennemi ne poursuivit pas, qu'il se contentât d'empêcher la destruction de ses travaux, la difficulté de rentrer dans la ville sous le feu des batteries, restait la même qu'en sortant, à moins qu'on n'eût renversé celle qui battait la porte, et qu'on n'eût encloué ses pièces, ce qui pouvait à la vérité réussir une première fois, mais que l'ennemi eût empêché une seconde.

 

24) Le gouverneur ne donne aucun détail sur les sorties, et l'on ne conçoit pas comment elles auraient pu empêcher la batterie dont il parle ; le Journal des Attaques ne fait mention que d'une sortie malheureuse pour l'assiégé, entreprise le 22 contre les logements du 21, lesquels n'out aucun rapport avec la batterie en question.

 

 

Il résulte donc de la mauvaise disposition de ce front, que les sorties y étaient impraticables. Aussi, après l'expérience de l'affaire du 21, n'hésitai-je pas à supprimer le porte Saint-Jean, en y faisant intérieurement des barrages et constructions propres à empêcher qu'elle ne devint l'occasion de quelque surprise. Les tirailleurs que je maintins constamment à l'extérieur pour incommoder les travaux de l'ennemi, sortaient par les deux coupures du Rosaire et de Cervantes, de nuit, avec précaution, et au nombre de 50 à 60 hommes de troupes légères à la fois. Ils sautaient du haut en bas du parapet de ces deux ouvrages, très-légers en eux-mêmes, et susceptibles d'une médiocre résistance. Ce moyen était propre à prolonger pied à pied la défense, mais il n'avait pas l'efficacité des sorties en masse, au moyen desquelles on chasse l'ennemi du terrain qu'il occupe, et on lui reprend les ouvrages dont il s'est emparé pour les fortifier et les défendre de nouveau 25).

 

Je me vis donc réduit à ne jamais mettre de hors beaucoup de monde à la fois, pour n'avoir aucun ouvrage par où je pusse les faire sortir avec ordre et sécurité ; aucun réduit où je pusse les recueillir et les rallier en cas de dé-faite. Dès-lors il me fut impossible de contrarier les cheminements de l'ennemi 26), car cette opération demande du temps. Pendant que la garnison détruit gabions et sacs à terre, l'ennemi fait avancer ses renforts. La prudence veut que l'on se retire sans se commettre avec une force supérieure ; pour ne pas s'y voir obligé, il faut avoir un lieu de retraite assuré, ce qui arrive quand une place a un bon chemin couvert et des portes ou poternes en nombre suffisant, parce qu'en un clin-d’œil la troupe s'y établit, et, formée derrière les parapets, reçoit avec un feu meurtrier, l'assiégent à qui son nombre donne de la confiance. Quand ces ressources des places régulière ment fortifiées n'existent pas, qu'une ville est construite en raison inverse de ce qu'exige la défense, il n'y a de remède que dans la valeur individuelle, qui sans le secours de l'art est toujours insuffisante.

 

25) Les sorties exécutées pendant le siége sont de nouvelles preuves à l'appui de cette vérité, que les sorties poussées au-delà des dehors réussissent seulement lorsque les attaques ne sont pas exécutées selon les règles.

 

26) Le gouverneur convient ici que ce n'était pas ses feux qui pouvaient retarder les cheminements des assiégeants.

 

 

Le jour suivant, l'ennemi ouvrit une seconde parallèle à soixante toises, pour y asseoir les batteries qui devaient battre en brèche le corps de place. Il mit une grande célérité dans ce travail, durant lequel notre feu fut excessif et meurtrier 27). Le sien ne fut pas moindre, et une multitude de bombes tombait sur la ville, où le peuple eut médiocrement à en souffrir. Dès le commencement du bombardement, j'avais ordonné que toutes les maisons restassent ouvertes, et que leurs habitants se tinssent sous le vestibule du rez-de-chaussée ; qu'au son de la cloche de la cathédrale, dont un battement annonçait un obus, et deux une bombe, tous regardassent la direction du projectile, ce qui est facile ; le premier étant décelé par un bruit particulier, et l'autre annoncé par l'éclat de sa mèche ; qu'ils se jetassent hors de la maison, quand l’explosion allait y avoir lieu, ou s'abritassent le long des murs et dans les recoins des portes, lorsque le projectile éclatait dans la rue. Ces précautions et l'habitude finirent par donner à la population une telle confiance, que les femmes même et les enfants se riaient des bombes, dont la chute, dans les rues, leur servait de divertissement. Ils n'éprouvaient de frayeur que quand les projectiles brûlaient sur un point ou le défaut d' abri les exposait à ses éclats. Quant aux troupes, placées comme elles l'étaient sur les murailles sans la moindre protection contre les feux verticaux, elles perdirent considérablement de monde, ce qu'il n'y avait aucun moyen d'éviter.

 

Dans la nuit du  27 au 28, l'ennemi, ayant achevé ses travaux, arma ses batterie, et, dès le point du jour du 28, commença à tirer à la distance de trente toises 28), avec quatorze pièces de vingt-quatre, qui , dans l'espace de huit heures, ouvrirent une brèche d'autant plus accessible que, comme je l'ai dit, le rempart n'avait ni fossé ni chemin couvert, défenses qui n'avaient pu être exécutées, parce que sur la plus grande partie du front le terrain est de roc vif : aussi les Français ne cheminaient-ils qu'au moyen de sacs à terre 29)...

 

27) Rien ne peut être plus concluant que ce passage, cette deuxième parallèle était à 110 toises des remparts.

 

28) Les batteries les plus rapprochées de la place liaient dans la première parallèle, c'est-à-dire a 110 toises.

 

29) Et c'était sous un feu terrible qu'ils cheminaient avec une grande célérité ; la puissance de l'artillerie est donc d'un effet borné contre des cheminements?

 

 

La garnison avait montré, pendant toute la durée du siège, une constance et une énergie vraiment espagnoles. La place aurait été sauvée pour peu qu'on l'eût secourue. Aussi le général Suchet précipita-t-il ses attaques et sacrifia-t-il moitié plus de monde qu'il n'en aurait perdu par un siège méthodiquement poussé 30).

 

De mon côté, sollicitant avec vivacité des secours, je me flattais qu'a la dernière extrémité, je pourrais, à la tête de ma valeureuse garnison, m'ouvrir passage à travers les rangs ennemis, et rejoindre nos troupes, dont j'aperçus plus d'une fois les avant-postes sur ces hauteurs qui terminent l'horizon de cette vaste plaine qu'on appelle la campagne de Tarragonne. Toutefois je fus détourné de ce généreux parti par l'assurance, chaque jour renouvelée, d'une attaque sur les derrières de l'ennemi : je ne pouvais me déterminer à compromettre, par l'abandon prématuré de la place, les résultats d'une telle opération.

 

C'est ainsi que j'attendis, sans me résoudre, le terrible assaut du 28 juin. J'en ai donné les détails dans un rapport écrit le 30, que le général Suchet me promit d'envoyer à Cadix, et qu'il n'adressa qu'à Bonaparte, qui le fit insérer au Moniteur, où l'ont copié toutes les gazettes de France et d'Europe. Toutefois cette publication ne fut pas exacte, car on y supprima tout ce qui ne convenait pas. Pour la rétablir dans son intégrité, j'en joins ici une copie exacte...

 

30) Il ne pouvait guère y avoir de siège conduit plus méthodiquement, des cheminements ont amené les assiégeants à portée de toutes les brèches, le gouverneur en convient plus loin, page 255, ligne 9.

 

 

Rapport au ministre de la guerre d'Espagne.

 

Excellence,

 

Le 28 de ce mois au matin, l'ennemi a démasqué sa batterie, pour battre en brèche la courtine du front Saint-Jean à l'angle qu'elle forme avec le flanc gauche du bastion Saint-Paul.

 

Notre feu de canon et notre fusillade lui ripostèrent avec une grande vigueur, firent taire son feu à différentes reprises, et lui causèrent d'assez grands dommages pour retarder l'assaut qu'il méditait 31).

 

La situation de Tarragonne, en ce moment, était fort critique, car le manque d'embarcations m'ôtait les moyens de sauver la garnison par mer, et le temps d'ailleurs m'aurait manqué quand j'aurais eu les embarcations nécessaires. Se faire jour l'épée a la main n'était pas moins impossible, et la force de l'armée assiégeante lui permettait de me barrer tous les passages.

 

Proposer une capitulation me semblait peu d'accord avec une défense jusque-là vraiment héroïque. La garnison ne craignait rien tant que de tomber aux mains de l'ennemi. Le marquis de Campoverde continua à me leurrer par des promesses de délivrance : deux jours avant, les Anglais avaient reçu des troupes destinées à aider ma défense. Mais l'était désespéré ou se trouvait la place leur fit une nécessité de ne pas s'y enfermer. Ainsi ayant en vue des troupes alliées et notre propre armée,  je me trouvais cependant réduit à mes seuls moyens.

 

Dans cet état, et connaissant l'activité de l'ennemi qui n'avait pas un moment à perdre pour attaquer, ce que lui permettaient les tâtonnements de ceux qui avaient mission de nous secourir, je ne consultai que l'honneur espagnol, je pris conseil de mon courage et de ma réputation, et je résolus de mourir sur la brèche plutôt que de me rendre. Ce parti offrait deux chances : si j'étais forcé, la garnison était passée au fil de l'épée, la ville saccagée, ses habitants livrés à toutes les horreurs destinées aux villes prises d'assaut... Mais si je repoussais l'attaque, l'ennemi, découragé, confondu, mis en fuite, s'éloignerait certainement de la place.

 

Je calculai tranquillement quels étaient mes moyens pour soutenir une détermination qui est sans doute au nombre des plus vigoureuses qui se puissent prendre à la guerre, témoin le petit nombre des gouverneurs de places qui s'y résolvent.

 

31) En quoi cet assaut a-t-il été retardé? Il a été livré après huit jours de travaux d'attaque, c'est plutôt qu'on ne l'aurait calculé d'après les journaux de Cormontaingne.

 

 

Je vérifiai qu'il me restait 8 mille hommes, les plus aguerris de l'armée espagnole, immortalisés par une défense de cinquante-quatre jours, et à qui il ne restait que ce dernier effort à faire pour mettre le comble a leur gloire 32).

 

Ainsi déterminé à attendre l'assaut, je postai en arrière de la brèche deux bataillons de grenadiers provinciaux et le régiment d'Alméria, avec ordre de ne pas brûler une amorce, mais de se précipiter en croisant la baïonnette sur la colonne française qui, selon le terrible usage de ces sortes d'attaque, déboucherait aussi de la brèche la baïonnette en avant. Je prescrivis à ma troupe de charger avec la plus grande impétuosité, et de ne faire quartier à qui que ce fût, afin que la terreur d'une telle réception ôtât à l'ennemi l'idée d'un second effort.

 

Je distribuai aux soldats du vin, de l'eau-de-vie, du tabac, je leur fis moi-même une harangue propre à les enflammer ; je pris enfin toutes les mesures requises en pareille conjoncture. Mais l'événement ne répondit pas à mon attente, car mes troupes, ayant d'abord défendu la brèche avec fermeté, reçu avec toute la vigueur désirable, culbuté même leur premiers colonne, attendirent le choc de la seconde, au lieu de le prévenir par un effort impétueux ; alors le régiment d'Alméria, témoin de cette hésitation, prit l'épouvante et abandonna le poste que je lui avais assigné, et ou il formait réserve derrière les grenadiers provinciaux.

 

Dans ce moment 2000 grenadiers ennemis 33), soutenus de 4 à 6 mille hommes (sans compter une attaque sur tous les points, faite par le reste de leur armée), pénétrèrent par la brèche. Toutes les troupes qui garnissaient le rempart se retirèrent effrayées et en désordre, malgré mes efforts et ceux de leurs officiers pour les ramener à la charge, ou au moins pour les déterminer à défendre pied à pied chaque rue. Croyant trouver leur salut dans la fuite, ils se jetèrent vers le rivage de la mer, franchissant murailles et retranchements ; mais loin d'éviter le vainqueur, ils tombèrent dans les mains de celles de ses troupes qui nous fermaient le chemin de Barcelone.

 

32) L'état de situation des prisonniers valides et blessés ou malades après l'assaut, ont porté le nombre à 9,781 hommes, officiers et soldats (Rapport du 29 juin).

 

33) Le Journal d'Attaques dit 1,200.

 

 

A mesure que la garnison cédait du terrain, l'ennemi s'emparait des murailles et de l'enceinte vieille et neuve. Il pénétrait dans les rues, tuant, blessant et pillant sans distinction, hommes, femmes et enfants. Le massacre aurait été général sans la vigueur des officiers français qui, touchées d'une généreuse compassion, prenaient sous leur protection les victimes, s'exposant à la fureur de leurs propres soldats qui ne songeaient qu'à la vengeance et au butin.

 

Dans cette conjoncture, comme j'accourais à la porte de Saint-Magin espérant y rallier du monde, arrêter l'effort des vainqueurs ; que sais-je, peut-être à la faveur de la nuit, m'ouvrir un passage à travers les troupes du dehors, je fus blessé d'un coup de baïonnette dans le ventre et fait prisonnier par un détachement. Aussitôt le bruit courut que j'étais tué, un désordre désormais sans remède s'ensuivit ; les Espagnols jetèrent leurs armes pour courir plus vite, et tombèrent sans défense dans les mains des Français.

 

C'est ainsi que Tarragonne, après la défense la plus obstinée pour laquelle aucun des préceptes de fait n' avait été négligé autant au moins que le permettait le manque de moyens et de bras 34), succomba le soir du 28 juin 1811, au milieu des horreurs auxquelles s'attend une garnison qui a fermé l'oreille à toute proposition d'accommodement et de capitulation ; jour à jamais mémorable par la chute de cette antique capitale de l'Espagne citérieure qui avait vu tomber, sur ses temples et ses édifices, six à sept mille bombes ou obus, un nombre infini de boulets et de balles, au grand effroi des îles de Mayorque et de Minorque et des côtes de la Méditerranée les plus voisines, où tous les hôpitaux se remplirent de ses défenseurs. Tant de victimes immolées au dernier moment de son existence, attestent qu'elle méritait de ne pas tomber sous le joug. L'ennemi ne s'est point emparé d'une cité magnifique, mais d'un monceau de ruines, noble monument qui recouvre d'innombrables martyrs de l'amour de la patrie et de l'indépendance, dont les actions, sculptées dans le marbre et le bronze, serviront de modèle aux Espagnols à venir.

 

34) Certes, il n'y avait à Tarragonne ni manque de bras, ni pénurie de matériel ; on y a pris 384 bouches à feu parfaitement approvisionnées, et après l'assaut il demeura en nos mains 9,284 soldats prisonniers, dont 767 canonniers.

 

 

Le jour suivant, le général comte Suchet me fit venir à son quartier-général de Constanti, et me traita ainsi que les officiers-généraux et autres, avec les égards que nous méritait notre conduite que les Français regardent comme la plus brillante qui ait été tenue ; car s'il est des sièges dont la durée a été p lus longue, c'est qu'ils n'ont pas été poussés avec cette régularité, cette profusion d'artillerie, cette opiniâtre valeur. Aussi n'en connaît-on aucun d'aussi meurtrier, la perte des deux partis s'élevant à 18,000 hommes 35) ; ce qui ne surprendra que ceux qui n'ont pas été spectateurs du feu continuel et terrible qui se faisait de part et d'autre, la nuit comme le jour, avec toute espèce d'armes, ainsi que de la multitude des sorties. Les Français ont perdu principalement par nos projectiles, dix-neuf officiers du génie, trente-un d'artillerie, quatorze colonels ou commandants de régiments ; le général Salm et plus de 12,000 hommes. L'Espagne regrette trente-deux officiers d'artillerie et six mille braves défenseurs.

 

La conduite de la garnison jusqu'au moment de l'as saut a été admirable. Alors seulement elle marqua quelque faiblesse, le soldat fléchit et s'intimida. Les officiers, au contraire, dans cette fatale soirée, se comportèrent avec la plus brillante valeur ; le sabre à la main, ils essayant de contenir la troupe, de la ramener contre l'ennemi, qui déjà se répandait dans les rues à leur poursuite. Toutefois ces nobles efforts ne faisaient qu'ajouter à la terreur du soldat, qui se laissait tuer plutôt que de faire volte-face... » 

 

35) Le gouverneur ne pouvait connaître nos pertes ; nos rapports ne les font monter avant le 22 juin, qu'à 2,500 hommes hors de combat.

 

 

Considérations sur la défense les places, qui se trouvent à la suite des la Relation :

 

« ...La résistance de Tarragonne a confirmer Carnot dans ses idées, qu'il n'a publiées qu'après les avoir vu justifiées par cet exemple, ce qu'il dit en propres termes dans un ouvrage que je viens de lire. Tarragonne avait beaucoup de mortiers et un suffisant approvisionnement de bombes. Sur douze à quatorze mille hommes que perdit l'armée française 36), un petit nombre mourut par l'effet du canon, le reste fut tué dans les sorties, aux combats de brèche, et surtout par le feu de cette incroyable quantité de projectiles creux dont je couvrais l'ennemi qui semait le ravage dans les tranchées et les têtes de sape. Indépendamment des gros projectiles creux, il leur fut bien jeté à la main soixante à soixante-dix mille grenades en fer ou en verre, et il fut remarqué que ces dernières sont d'un meilleur usage que les autres, parce que, tout en consommant moins de poudre, elles fournissent plus d'éclats et occasionnent plus de ravage. Les Français les redoutaient tellement, qu’à peine ils croyaient que l'on put guérir de leurs blessures ; et dans les parlementages entre soldats, ils reprochaient aux nôtres d'user d'une arme que les lois de la guerre réprouvent, parce que la moindre de ses atteintes est sans ressource.

 

En confirmation de ce que j'avance, on doit lire les rapports du général Suchet à son gouvernement pendant le siège. Il s'y plaint du feu meurtrier de la place, et dans celui du 13 juin qui annonce l'ouverture de la tranchée, il dit expressément: « Cette opération s'est faite avec succès dans la nuit du 1er au 2 juin. Les jours et les nuits suivants se sont employés à étendre et perfectionner les cheminements, et à disposer les plates-formes des batteries. L'ennemi s'y est opposé avec des attaques réitérées et un feu meurtrier. »

 

Dans le rapport du 26, qui annonce l'occupation du port, le général Suchet dit encore : « Notre perte en cette action si chaude et si rapide n'a été que de cent vingt morts et trois cent soixante-douze blessés. Mais je dois faire observer que l'attaque de ce faubourg, enlevé au moyen d'un triple assaut, date de plus de dix jours, depuis lesquels les troupes de l'artillerie et du génie ont fait des pertes journalières. Plusieurs officiers ont péri, un plus grand nombre a été blessé, et je compte en tout plus de 2500 hommes hors de combat.

 

Or tout ce dommage était du aux feux verticaux, et se montait en réalité au triple ou au quadruple de ce que le rapport a jugé à propos de mentionner.

 

36) Nous avons vu que l'armée montait à 18,000 hommes en tout, au commencement du siège.

 

 

Ce qui lui arrivait dans son camp et sa tranchée, je l'éprouvais dans mes ouvrages, où la garnison eut plus de 6000 hommes tués ou blessés, dont la majeure partie par les bombes, obus et autres projectiles tirés sous un grand angle. Ces pertes étaient surtout inévitables sur les remparts où il n'existe point d'abri. Quant à la population, elle souffrit peu de dommage par le soin qu'avaient les habitants de tenir ouvertes leurs portes et fenêtres, par l'adresse avec laquelle ils rejetaient hors des maisons les bombes et obus qui y tombaient, observant leur direction la nuit au moyen des mèches, et le jour au bruit qui les signalait, avertis d'ailleurs par la cloche de la cathédrale. Ces précautions préservèrent le peuple des pertes qu'on eût évitées aux troupes par des casemates et des blindages...

 

Ainsi par le seul fait de ce qu'il se trouva à Tarragonne un grand nombre de mortiers, de pierriers et d'obusiers avec l'approvisionnement de projectiles suffisant pour les servir, comme aussi par la maladresse que commirent les assiégeants en ne simulant aucune attaque 37), la défense de cette place, malgré la défectuosité de ses ouvrages, peut être assujettie aux règles nouvelles 38). Je ne doute pas que s'il eût existé des fossés et des communications propres à favoriser les sorties, un million et demi de grenades n'eût suffi pour l'éloigner du glacis, en causant dans son armée un ravage qui l'eût forcé à lever le siège...

 

37) On a vu plus haut à quoi tenait cette prétendue maladresse.

 

38) Il entend la manière de défendre les places d'après Carnot.

 

 

Commentaires par le rédacteur français :

 

D'après les faits qu'on vient de lire, on ne petit douter que les Espagnols n'aient fait, à Tarragonne, de leur nombreuse artillerie tout ce qu'ils pouvaient en faire. Le gouverneur pense que ses canons nous ont causé peu de mal, et que ses feu courbes nous en ont fait beaucoup : quoique nous ayons éprouvé des pertes moins considérables que ne l'estime le général Contreras, elles ont été grandes ; mais nos attaques contre la place, disposées à peu près suivant les règles, n'en ont pas moins étés exécutées en vingt-huit jours de tranchée ouverte, au lieu de trente-deux, que d'après les journaux de Cormontaingne, on trouve nécessaires pour se rendre maître de la ville de Tarragonne39). Les faits rapportés dans la Relation de la défense de cette place sont donc confirmatifs de l'opinion énoncée au commencement de l'article. Le Journal des Attaques de la même place nous fournira des faits encoure plus concluants, parce qu'ils y sont plus clairement énoncés. »

 

39) Voici comment on peut supputer la durée de la défense des enceintes de Tarragonne, d'après les journaux de Cormontaingne.

 

L'enceinte basse ne présente sur son front d'attaque qu'un tracé ordinaire. En avant est la lunette du Prince, dont la position est telle qu'il faut l'attaquer, comme si elle était soutenue par d'autres lunettes et arriver au corps de place en arrière avant d'assaillir celui-ci. En avant de cette lunette est encore le fort de Francoli, espèce de flèche revêtue sur laquelle, encore à cause de sa position, il faut cheminer comme s'il y en avait une ligne, et qu'il faut ouvrir et prendre avant que d'attaquer la lunette du Prince.

 

Ainsi le siège de l'enceinte basse est semblable à celui d'une enceinte ordinaire, avec un système de lunettes, en avant desquelles serait placée une ligne de flèches. Pour se rendre maître de flèches en terre avec tambours, ce qui ne vaut certainement pas des flèches revêtues, Cormontaingne estime qu'il faut douze journées de tranchée ouverte (tome I, page 191) ; mais à Tarragonne, à cause du vallon de la petite rivière, il ne faut, comme on a fait, qu'une seule parallèle, ce qui réduit à neuf jours de tranchée ouverte, le temps nécessaire pour prendre Tranchée ouverte le fort de   Francoli, ci... 9 jours.

 

Pour s'emparer des lunettes avec chemins couverts, situées derrière des flèches, il faut, selon Cormontaingne, un jour pour la troisième parallèle appuyée aux flèches, et neuf jours pour assaillir les lunettes (tome I, page 181). Mais ici il ne faut point de descente de fossé ; la lunette est battue de loin, on peut donc, ainsi que cela s'es passé, l'assaillir le lendemain du jour où son chemin couvert a été emporté, c'est-à-dire le septième jour après la prise des flèches, ci... 7 jours.

 

Pour arriver au corps de place en arrière des lunettes, Cormontaingne estime qu'il faut onze jours (tome I, p. 181). Mais, comme, ainsi que cela est arrivé, les batteries de brèche peuvent être entreprises le même jour que la troisième parallèle, comme il n'est point besoin de cavalier de tranchée, ni de descente de contrescarpe, ni de passage de fossé, et quoique le glacis soit d'empierrement, les onze jours doivent se réduire à sept, ci... 7 jours.

 

Total pour l'enceinte basse... 23 jours.

 

L'enceinte haute étant sans chemin couvert et sans fossé, il doit suffire d'en approcher assez pour assaillir les brèches qu'on y ouvrirait, c'est-à-dire d'arriver, comme cela s'est fait, à la position de la troisième parallèle et de l'exécuter pour en déboucher; pour cela il faut, selon Cormontaingne (tome I, page 109), neuf jours, ci... 9 jours.

 

Total du nombre de jours de tranchée ouverte, nécessaire d'après les journaux de Cormontaingne, pour se rendre maître de la place de Tarragonne, telle qu'elle était quand les Français en firent le siège en 1811... 32 jours.

 

 

Source: ‘Le Spectateur Militaire’, Tôme 2 (Paris 1826) pp. 232 – 259.

 

© Geert van Uythoven