ORIGINE, RECRUTEMENT,
FORMATION ET ORGANISATION DE L’INFANTERIE FRANÇAISE, DEPUIS LE COMMENCEMENT DE
LA MONARCHIE
Formation et
organisation des régiments
Composed by Geert van Uythoven
« Les bons et grands
établissements civils et militaires, dit M. de Las Cases, doivent leur origine
à Louis XIV. ( Atlas chron., historiq., généalog. et géogr. de La Sage. ) En
effet, sous le règne de ce prince l'art et la science militaires sortirent de
leurs langes et grandirent tout-à-coup. Leurs progrès furent immense; une
nouvelle école se forma ; elle obtint des résultats presque aussi prodigieux (
si l'on fait la part des époques ) que ceux obtenus par Napoléon, créateur d'
un nouveau système de guerre. Avant Louis XIV on n'avait presque aucune idée de
l'administration et de la comptabilité militaires. Le ministre Louvois commença
à donner à ces deux branches si
importantes de son ministère une bonne impulsion ; le temps acheva le
reste, et l'ordonnance de 1762, signée par Louis XV, constata que les idées
d'administration de Louvois avaient enfin porté leurs fruits. Ce fut Louis XIV
qui créa l'ordre de Saint- Louis, récompense des anciens services, et qui fonda
les Invalides, asile des braves mutilés en combattant pour la patrie.
L'institution des inspecteurs-généraux d'armes, en 1764, et la réorganisation
des commissaires ordinaires des guerres, en 1691, assurèrent l'exécution des
ordonnances sur les diverses parties du service militaire. Par l'établissement
de deux ou trois académies militaires, il voulut inspirer le goût des armes et
propager les différentes connaissances indispensables aux militaires.
L'établissement des milices assura à nos armées un recrutement certain. Louis
XIV donna des uniformes à toute l'armée, exemple qui fut suivi par toutes les
autres puissances. Son petit-fils, Louis XV, établit les épaulettes, comme
marques distinctives des grades. Avant Louis XIV les soldats s'habillaient à
leur guise ou suivant le bon plaisir de leurs officiers. Il n'y avait de
l'uniformité que dans l'armement.
Il parait du reste que
l'ordonnance sur l'uniforme n'avait pas fixé la durée des vêtements, ou que du
moins on ne l'exécutait pas rigoureusement ; une innovation quelconque
rencontre toujours des résistances que l'expérience seule de son utilité
parvient à faire disparaître. Des régiments entraient quelquefois en campagne
fort mal nippés ; c'est du moins ce que l'on doit conclure d'un fait rapporté
par Folard, dans ses commentaires sur Polybe. « Le 1er juillet 1690, à la
bataille de Fleurus, un régiment très-mécontent d’être entré en campagne sans
être habillé, était prêt à charger. Mes amis, dit le colonel, voici de quoi
nous consoler, nous avons devant nous un régiment vêtu de neuf ; chargeons
vigoureusement ; habillons nous. Les soldats, électrisés par cette plaisante
harangue, se précipitent sur ce régiment, le détruisent et s'habillent
complètement sur le champ de bataille. »
L'établissement des
uniformes créa dans chaque régiment l’esprit de corps. C'est, avec le
patriotisme, l'âme de toute armée nationale.
L'infanterie éprouva
beaucoup de variations dans sa force, son organisation et sa composition. Elle
fut portée par Louis XIV à 300,000 hommes, y compris la marine. Ce fut sous le
règne de ce prince que cette arme acquit une réputation qui n'a fait que
grandir jusqu'à nos jours. L'infanterie espagnol fut forcée de lui céder la
renommée le 19 mai 1643, à la bataille de Rocroy.
Sous Louis XIV un
régiment avait pour officiers supérieurs : un colonel, un lieutenant-colonel et
un major. Celui-ci était particulièrement chargé des manœuvres, de la
discipline et de la tenue. L'état de l'extraordinaire des guerres, de 1574,
donne à cet officier le titre de sergent-major ; il n'est porté sur cet état
qu'après tous les capitaines ; en 1610 il fut placé après le
lieutenant-colonel, mais toujours avec le titre de sergent-major ; en 1630 il
reçut le titre de major. Il n'avait qu'une autorité directe et relative à ses
fonctions ; en l'absence des deux officiers supérieurs, il ne commandait le
régiment que s'il était le plus ancien capitaine du corps. L'ordonnance de 1762
lui donna le titre d'officier supérieur ; le major avait pour l'aider dans ses
fonctions quatre aides-major et quatre sous-aides-major ; c'étaient les adjudans-majors
d'aujourd'hui ; ils furent supprimés par l'ordonnance du 25 mars 1776 ; il n'y
eut plus qu'un adjudant-sous-officier. L'ordonnance provisoire du 12 juillet
1784 reconnut deux adjudans-sous-officiers. Il est inutile de définir les
fonctions de colonel et de lieutenant-colonel, qui étaient les mêmes
qu'aujourd'hui. Je ferai remarquer cependant que le titre de lieutenant-colonel
ne signifie pas toujours le commandant en second du régiment.
Dès le principe de la
création de la charge de colonel-général de l'infanterie française, ce grand
officier avait une compagnie dans chaque régiment, qu'on appelait la colonelle
; le capitaine qui la commandait prenait alors le titre de lieutenant-colonel,
c'est-à-dire tenant lieu de colonel-général à la tête de la colonelle. Cet
emploi fut supprimé en même temps que la charge. L'ordonnance du 25 juillet
1665 créa dans chaque régiment un emploi de lieutenant-colonel, officier
supérieur.
Les bataillons étaient
commandés par le plus ancien capitaine, auquel l'ordonnance du 3 juillet 1677
donne les prérogatives de lieutenant-colonel :
en son absence, le capitaine qui le remplaçait ne jouissait pas de ces
prérogatives.
La bataillon était
composé de dix-sept compagnies, commandées chacune par trois officiers, deux
sergents , trois caporaux , trois anspessades et un tambour. L'anspessade était
subordonné au caporal. Pour ne pas être trop long, j'ai essayé d'indiquer dans
un tableau les différentes compositions d'un bataillon d'infanterie, depuis
Louis XIV jusqu' à la restauration : il offrira des lacunes qu' il m'a été
impossible de remplir, n'ayant pas à ma portée les documents qui m'eussent été
indispensables pour rendre ce résumé aussi complet que possible. Les officiers
étaient armés de piques ou espontons de huit pieds ; celles des sergents
étaient de six à sept pieds. L' infanterie ayant été totalement armée de
fusils, les officiers n'en furent pourvus qu'en 1738 ; ils les quittèrent en
1764, mais les reprirent pour les conserver jusqu'en 1787. Il y avait par
compagnie quatre soldats armés de fusils, douze de piques et quatorze pieds, et
le reste de mousquets à mèches. Cette dernière arme avait été adoptée au
commencement du XVIIe siècle, en remplacement de l'arquebuse à rouet. En 1688,
sur treize compagnies, dix étaient seulement armées de piques.
Les grenadiers avaient
tous des fusils armés de baïonnettes droites, à manches de bois, qu'ils
mettaient dans le canon lorsqu'ils voulaient joindre l'ennemi. Nous nous en
servîmes pour la première fois en 1692, a la bataille de Turin.
Les sergents et les
fusiliers portaient des baudriers de cuir ; tous les mousquetaires, outre le
ceinturon, avaient des bandoulières également de cuir, d’où pendaient des
charges de bois, contenant chacune un coup de poudre. Ils avaient de plus un
pulvérin ou poudrière pour contenir l'amorce ; la cartouche, qui ne fut adoptée
qu'en 1690, ne servait, dans le commencement, que pour la charge. On continua à
avoir une poire à poudre jusqu'en 1774. Le tout s'appelait fourniment.
Avant Turenne le bataillon
était formé sur huit rangs ; il commença à l'ordonner sur six, et même sur
cinq. Ce fut lui qui créa la brigade.
Avant Louis XIV il
n'existait pas de compagnies d'élite dans les régiments. Pendant sa minorité,
il était d'usage de prendre des hommes de bonne volonté pour former les
avant-gardes ; on les appelait, d'après un ancien usage, enfants perdus. On les
employa souvent succès pendant les sièges pour jeter des grenades dans les
chemins couverts : les services qu'ils rendirent déterminèrent le roi à en
former des compagnies particulières ; les grenadiers furent créés en 1669. Il y
en eut d'abord quatre par compagnie ; on les réunissait au besoin en
compagnies, puis une fois leur mission remplie, ils rentraient dans leurs
compagnies. C'était peut-être le meilleur système, car il n'énervait pas les
compagnies en les privant pour toujours de leurs meilleurs soldats. Sans aucun
doute la formation actuelle offre de grands avantages sous le rapport de
l'émulation qu'elle excite par l'ambition d'entrer dans les grenadiers et
voltigeurs, mais les compagnies du centre, avec notre système de libération, ne
sont pour ainsi dire que les instructeurs des conscrits, qu'elles sont obligées
de céder, une fois dégrossis, aux compagnies d'élite. Il me semble qu 'il
serait possible de remédier totalement à tous les inconvénients des compagnies
de fusiliers appauvries des soldats expérimentés, en attachant à demeure à
chacune de ces compagnies de vieux soldats qui auraient les mêmes distinctions
et la même solde que ceux des compagnies d 'élite.
Le régiment du Roi
commença le premier, en 1670, à avoir une compagnie permanente de grenadiers ;
ce fut M. de Rioter qui en eut le commandement. Peu de temps après, les trente
plus anciens régiments, et successivement tous les autres eurent chacun leur
compagnie de grenadiers. Chaque bataillon eut ensuite la sienne, mais, en 1776,
on supprima celle du second bataillon, pour la replacer par une compagnie de
chasseurs.
La choix des grenadiers devait,
autant que possible, se faire le jour de la revue du commissaire des guerres :
chaque compagnie, à tour de rôle, fournissait le grenadier qui manquait.
L'ordonnance du 15 janvier 1692 voulut que les capitaines de grenadiers
n'eussent pas plus de 45 ans, les lieutenants et les sergents plus de 40. On
prit l'habitude d’admettre des grenadiers postiches. C'étaient des fusiliers
que les grenadiers désignaient presque toujours. Ils faisaient le service et
portaient les insignes de soldats d'élite. Si 1'on était content d’eux, ils
devenaient grenadiers en pied.
Dès le principe, les
grenadiers faisaient le service de chasseurs, c'est-à-dire celui de
tirailleurs, flanquers, éclaireurs. Plusieurs colonels se décidèrent, en 1759,
à former des chasseurs pour soulager les grenadiers, dont il se faisait une
trop grande consommation. Le maréchal de Broglie, en 1760, adopta aussi cette
mesure dans son armée ; les chasseurs étaient provisoires, comme les grenadiers
le furent dans le principe de leur création, mais en 1776 on en forma une
compagnie distincte et permanente. Le règlement de manœuvre de 1791 ne reconnut
point de chasseurs. En 1786, il y avait par régiment une compagnie de
grenadiers, une de chasseurs, et une d'auxiliaires.
Les chasseurs furent
rétablis, sous le nom de voltigeurs, par l'arrête du 12 février et le décret du
19 septembre 1805 ( 22 ventôse et 2e jour complémentaire an XIII ) ; les
chasseurs et voltigeurs furent long-temps considérés comme fusiliers, et tenus,
en temps de paix, à faire le même service : l'ordonnance du 13 mai 1818 a fini
par les assimiler en tous points aux grenadiers. Les officiers et
sous-officiers de voltigeurs furent d'abord armés de carabines à balles forcées
; elles furent supprimées. Le fusil à baïonnette à douille devint l'arme
exclusive de l'infanterie. En 1703, le maréchal de Vauban provoqua cette
mesure. Martinet, officier français, avait inventé, en 1665, cette arme si
terrible dans les mains de notre
infanterie.
Les Prussiens avaient
fait également, en 1703, un changement important au fusil en substituant la
baguette de fer à celle de bois. Le régiment de fusiliers, crée en 1674, fut le
premier corps dont la totalité fut armée de fusils. Il forma ensuite le noyau
de l'arme de l'artillerie en 1693, sous le nom de Royal-Artillerie ; il prit le
numéro 64 des régiments d'infanterie, car l'artillerie était comprise dans
l'infanterie. Le numéro qu'elle portait, même en 1785, quoiqu'elle fût composée
de sept régiments, lui avait été donné, dans le principe, pour fixer le rang de
commandement de ses officiers, lorsqu'ils se trouveraient avec d'autres corps.
L' artillerie, d'après les Annuaires du temps, marchait entre Salm-Salm et
Royal-Italien. ( Voyez l'Encyclopédie méth., qui divise l'infanterie de
ligne en artillerie, régiments d'infanterie et invalides détachés, 1787. ) En
1771 on se formait habituellement sur quatre et même sur trois rangs. On a dû
remarquer que plus le fusil devint commun dans l'infanterie, plus on diminua
l'épaisseur des rangs, afin d' utiliser le feu de chaque homme. L'ordre sur
trois rangs est le seul où tous les rangs peuvent tirer.
Dès 1608, il existait des
théories pour le maniement de l'arquebuse et du mousquet. Abstraction faite des
mouvements pour faire jouer le rouet de l'arquebuse, le serpentin du mousquet
et la platine du fusil, les autres mouvements étaient à peu de chose prés les
mêmes pour le reste du maniement des trois armes. ( Voy. Traité des
manœuvres de l'arquebuse et du mousquet, par J. de Goyer, dédié à Maurice
de Nassau, stathouder des Provinces-Unies et restaurateur de l'art militaire.
Paris. 1608. ) Dès le principe de l' adoption du fusil par toute l'infanterie,
l'adoption du fusil par toute l'infanterie, on le chargea en vingt-six temps.
Chaque rang tirait, puis passait par les intervalles laissés entre les files et
rechargeait derrière les deux autres.
Sous le maréchal comte de
Saxe, les bataillons, en entrant en campagne, se formaient sur quatre rangs, de
150 à 200 files ; mais, à la fin de la campagne, en marchait sur trois rangs
pour présenter le même front. Une compagnie de grenadiers était à une aile, un
piquet d'élite à l'autre ; le bataillon avait seize subdivisions. Ce fut le
maréchal qui fit adopter le tact des coudes et le pas cadence. On lui du aussi
la musique. Il voulut faire couper les cheveux à l'armée, mais on tint à la
queue, et la titus dut son triomphe à la révolution. Il ne fut cependant pas
complet, car quelques régiments conservèrent la queue jusqu’à la restauration ;
ceux de la garde impériale, entre autres. On se révolta presque pour ne pas
couper le catogan.
L'ordonnance du 10
décembre 1734 créa le grade de chef de bataillon, sous le titre de commandant,
et avec le rang qu'il occupe actuellement. Le major marchait seulement avait
tous les capitaines. Le plus ancien capitaine de grenadiers avait droit à cet
emploi, lorsqu'il venait à vaquer. Il fut supprimé en 1762, recréé en 1772, et
réformé le 25 mars 1776. Les deux chefs de bataillons réformés de chaque
régiment prirent le commandement des deux premières compagnies de fusiliers. Le
capitaine de grenadiers devait quitter sa compagnie pour prendre le
commandement vacant de la première de fusiliers de son bataillon.
En 1749 il n'y eut plus
que deux drapeaux par bataillon, dont un blanc, attaché à la compagnie
colonelle. Ils étaient portés par un enseigne ayant rang de lieutenant.
Certains régiments avaient jusqu'à trente drapeaux de toutes couleurs et
auxquels leur honneur était attaché. Les gardes-française en avaient trente,
Beauvoisis douze, et les autres régiments neuf, huit, six et trois. Ils étaient
en taffetas de grande forme, avec une croix blanche au milieu ; les cravates en
étaient aussi blanches. Les tambours des régiments royaux ou des provinces
portaient la livrée du roi ; ceux des princes ou des gentilshommes celle du
colonel. On appelait royaux les corps dont le nom était précédé du titre de
royal, comme Royal-des-Vaisseaux, Royal-Roussillon. Le roi était colonel de ces
régiments. Le colonel et le lieutenant-colonel, dans l'infanterie, avaient chacun
un compagnie ; ceci n'est pas étonnant puisqu'une compagnie se transmettait
comme une propriété ; mais l'ordonnance du 10 février de la même année leur
retira ces compagnies, ainsi qu'aux commandants de bataillons.
Jusqu'à la paix de 1762,
le capitaine fut charge de recruter sa compagnie, moyennant un traitement qu'on
lui allouait outre ses appointements. Ce traitement a beaucoup varié. Quelque
temps avant sa suppression, il consistait, pendant le temps de paix, où la
compagnie était à 40 hommes, en un sou par jour et par un homme pour
l'habillement, en 150 livres d'étapes aux recrues, y compris les frais de route
et d'engagement, et en gratifications ou primes plus ou moins élevées, suivant
que l'effectif approchait plus ou moins du complet. Si, à la revue du
commissaire des guerres, le capitaine avait 38 hommes, il était payé pour 40,
avec trois paies de gratifications ; pour 39 il en avait quatre, et cinq pour
40, c'est-à-dire que 38 étaient payés comme 42, 39 comme 44, et 40 comme 45.
Mais si le capitaine n'avait pas pendant l'hiver atteint un de ces effectifs,
et qu'il ne put présenter sa compagnie au complet à la revue de l'inspecteur,
on lui rappelait la solde de l'excédant de l'effectif depuis la dernière revue
; il fut un temps même ou l'on rappela les gratifications. A la guerre, le
capitaine avait en autre 450 liv. d'étapes pour les recrues, et 1330 l.
d'ustensiles pour achats d'effets de campement et autres ; il faisait les
avances, et le trésorier des dépenses de la guerre le soldait d'après les
revues, en lui donnant des billets à terme dits d'ustensiles. On donnait même
de ces billets pour les appointements des officiers, mais pendant la campagne
de 1760 on les solda chaque mois en numéraire.
En 1762, ce système fut
totalement changé, et le roi prit les compagnies à son compte. Ce fut M. le duc
de Choiseul, alors premier ministre, qui provoqua cette mesure. Dès lors, dans
l'infanterie comme dans la cavalerie, les capitaines furent réduits à leurs
simples appointements : l'abus des soldats supposés ou passe-volants fut à peu
près détruit. Ni le soldat ni l'était ne perdirent au change.
On établit par régiment
un quartier-maître-trésorier, une caisse et une comptabilité régulièrement
tenue. Un conseil d'administration fut créé par l'ordonnance du 25 mars 1776.
En 1762 il y avait des
régiments à trois, à deux, et même à un bataillon ; en 1775 on dédoubla les
sept derniers, et en 1776 tous les régiments furent composés de deux
bataillons, excepté celui du Roi, qui conserva son organisation. Les régiments
dédoublés prirent rang après celui d'ou ils sortaient. Outre l'infanterie de
ligne il y avait encore celle de la maison du roi, composée du régiment des
gardes-françaises à six bataillons, de six compagnies de grenadiers, de 109
hommes, de vingt-quatre compagnies de factionnaires, de 176 hommes, formant un
effectif de 3,888 hommes, officiers compris. Le régiment des gardes-suisses, à
quatre bataillons, formait un effectif de 2,249 h.
Le marquis de Monteynard,
ministre de la guerre, fit accorder aux soldats ayant 24 ans de service la
haute-paie et la médaille d'ancienneté ; mais le règlement d'administration du
25 mars 1776 supprima haute-paie. Le vétéran recevait un diplôme en parchemin
signé du ministre ; il prêtait, à la parade, entre les mains du colonel, le
serment de ne servir aucune puissance étrangère et de ne se départir jamais de
la fidélité qu'il devait au roi et à l'était. Le colonel lui remettait ensuite
la médaille.
Le compte de St-Germain,
de désastreuse mémoire, bouleversa l'organisation de l'armée. L'expérience ne
fut rien pour lui; il voulut appliquer aux troupes françaises un système qu'il
avait pris chez les Allemands, où il avait servi. Lorsque la société marchait
vers une amélioration successive, lorsque le roi cherchait tous les moyens de
rendre ses sujets aussi heureux que possible, le ministre de la guerre, comte
de Saint-Germain, voulut faire rétrograder l'armée en établissant pour les
troupes françaises la punition des coups de plat de sabre , usitée chez les
nations du Nord. Cette mesure fut fatale à la composition de l'armée, et à la
véritable discipline.
En 1781 l'état-major d'un
régiment était ainsi composé : Un mestre-de-camp commandant, un mestre-de-camp
en second, un lieutenant-colonel, un major, un quartier-maître-trésorier, deux
porte-drapeau, un adjudant, un chirurgien-major, un aumônier, un tambour-major
et un armurier.
La compagnie avait un
capitaine-commandant, un capitaine en second, un lieutenant en premier, un lieutenant en second, deux
sous-lieutenants, un sergent-major, un fourrier-écrivain, cinq sergents, dix
caporaux, un cadet, un frater ou chirurgien, deux tambours ou musiciens ; les
grenadiers n'avaient que quatre sergents et huit caporaux. L'ordonnance
provisoire du 12 juillet 1784 établissait un adjudant de plus, un
sous-lieutenant de remplacement et dix appointés.
En 1787, le roi créa une
pension pour le plus ancien chevalier de Saint-Louis et le plus ancien
sous-officier de chaque régiment, présents sous les drapeaux : la solde fut
augmentée de six deniers et le 31e jour payé.
En 1789, le maréchal de
Broglie abolit les coups de plat de sabre ; son ministère fut trop court pour
faire davantage.
A l'organisation de 1791,
les régiments quittèrent leurs noms de provinces pour ne conserver que leurs
numéros. Plusieurs régiments furent très-sensibles à la perte de ces noms, qui
leur rappelaient de glorieux souvenirs. Long-temps après, sous l'empire, la
plupart des soldats de ces régiments, qui par leur valeur avaient élevé la
gloire de leurs numéros à un si haut degré, rappelaient encore avec orgueil
qu'Auvergne, que Normandie avaient formé le noyau des corps dont ils faisaient
partie. Des régiments réclamèrent en 1814 leurs anciens noms ; le 17e de ligne,
entre autres, demanda à reprendre le nom d'Auvergne. Etait-ce pour plaire au
nouveau gouvernement ou par attachement à son ancien nom ? Je ne saurais le
dire. On pouvait tenir à porter le nom d'un corps où d'Assas avait servi. Je
pense cependant que la 32e et la 57e n'auront pas songé à réclamer d'anciens
noms. Le plus illustre leur aurait-il rappelé de plus glorieux souvenirs? Car
l'auréole de gloire qui entoure ces deux numéros sera immortelle.
L'organisation de 1791
créa l'emploi d'adjudant-major. Il y eut trois officiers par compagnie. Le
règlement du 1er août 1792 attacha à chaque bataillon un chef, sous le titre de
lieutenant-colonel. Le litre et l'emploi de lieutenant-colonel furent supprimés
en 1793. L'armée fut totalement réorganisée. Chaque bataillon des volontaires
forma une demi-brigade. Chaque bataillon eut un chef particulier.
L'habit blanc fut
remplacé par l'habit bleu. Du reste, l'organisation intérieure des bataillons
resta la même qu'en 1791. Il y avait neuf compagnies par bataillon, dont une de
grenadiers. Il y eut en outre une compagnie d'artillerie avec six pièces de
bataille, attachée à chaque brigade.
Les officiers-généraux
avaient pris de nouvelles dénominations. Le maréchal-de- camp s'appela général
de brigade, le lieutenant-général, général de division ; le maréchal de France
fut remplacé par le général en chef, dont l'emploi n'était que temporaire.
L'empereur rétablit la dignité de maréchal. Le brigadier, grade immédiatement
supérieur au colonel, fut supprimé : il fut recréé sous le titre d'adjudant-général.
Il disparut à la restauration.
On forma aussi des
demi-brigades d'infanterie légère. Le décret du 24 septembre 1803 ( 1er
vendémiaire an XII ) fit reprendre aux demi-brigades le nom de régiments. Il
créa le grade de major, intermédiaire entre celui de colonel et celui de chef
de bataillon, et réunissant les fonctions de lieutenant-colonel et de major
actuels. Le décret du 18 février 1808 supprima le chef de bataillon chargé du
détail, qui remplissait alors les mêmes fonctions du major actuel. Il modifia
la composition des régiments. Chaque régiment eut quatre bataillons de guerre
et un de dépôt. Il y avait par bataillon une compagnie de grenadiers, quatre de
fusiliers et une de voltigeurs. Le dépôt n'avait que quatre compagnies du
centre. Néanmoins, dans la suite, le nombre des bataillons fut augmenté, et
porté dans certains régiments jusqu’à sept. Je ne pense pas que ces bataillons
aient jamais été réunis. Une partie servait en Espagne, l'autre était à la
grande-armée ou en Italie.
Chaque régiment avait une
aigle, portée par un lieutenant ou sous-lieutenant ; deux anciens soldats
illettrés lui servaient de garde. Ils avaient le grade de sergent et la solde
de sergent-major. Les autres bataillons de guerre avaient une enseigne, portée
par un sous-officier. Le dépôt n'avait pas d'enseigne. Les régiments
d'infanterie légère n'avaient pas d'aigles. Cette formation dura jusqu'en 1815.
Il y eut pendant un temps un adjudant-major chargé de l'habillement. Le décret
du 9 juin avait attaché à chaque régiment une compagnie d'artillerie, avec
trois petites pièces de canon. Le décret du 11 avril 1810 supprima
l'artillerie, à la rentrée des régiments en France. Le décret du 11 août créa
des colonels et des majors en second pour le service extraordinaire.
Après le licenciement de
l'armée de la Loire, l'armée fut réorganisée en légions recrutées par les
départements dont elles portaient le nom. L'uniforme redevint blanc, avec des
séries de couleurs distinctives. Le bataillon fut porté à huit compagnies, tel
qu'il existe maintenant. M. de Latour-Maubourg fit reprendre, en 1820, le nom
de régiment; l'habit redevint bleu, avec couleur garance. M. de Bellune changea
la couleur garance contre des séries de couleurs. Enfin, M. de Caux nous donna
l'habit tel qu'il existe aujourd'hui. Le pantalon garance remplaça le bleu, qui
avait lui-même remplacé le pantalon de tricot blanc. Je me borne à indiquer
fort succinctement ces derniers changements, chacun de nous les ayant vus
s'opérer sous ses yeux et à ses dépens.
Telles sont les
différentes phases qu'a subies l'infanterie française jusqu'à nos jours. J'ai
taché d'être bref autant que possible. Il y aurait un gros volume à faire pour
indiquer seulement le sommaire des ordonnances, lois, décrets, circulaires,
décisions, etc., qui ont organisé, désorganisé, formé, reformé, et même on peut
dire bouleversé tour à tour l'infanterie, depuis François 1er jusqu'à nos
jours. »
De Bonneval,
lieutenant au 20e de
ligne.
COMPOSITION D’UN
BATAILLON, A DIVERSES ÉPOQUES, DEPUIS LOUIS XIV

Source: De Bonneval, “Origine,
recrutement, formation et organisation de l’infanterie Française, depuis le
commencement de la monarchie - formation et organisation des régiments”, in
‘Journal de l‘Armée’, Tome 2. (Paris 1834) pp. 167 – 174.
© Geert van Uythoven