OBSERVATIONS
SUR LES CHANGEMENTS
QU'IL PARAITRAIT UTILE D'APPORTER AU MATERIEL ET AU PERSONNEL DE L'ARTILLERIE 1).
Edited and composed by Geert van Uythoven
1) Depuis la rédaction de ce Mémoire , écrit à la fin de 1824, l'artillerie
reçu une impulsion active. Les essais partiels, qui avaient eu lieu pour
changer le matériel, ont été développés et poussés avez zèle ; ils promettent
des résultats satisfaisais ; mais il peut être de quelque intérêt d'indiquer la
différence qui existe entre le matériel étranger et le nôtre, et d'appeler
l'attention sur un système d'organisation propre à rendre l'artillerie aussi
mobile et manœvrière que possible, pour la mettre ainsi plus en rapport avec
les troupes et la manière actuelle de combattre.
« L'artillerie
a joué un si grand rôle dans les dernières guerres, par l'énorme quantité que
les armées en ont eu à leur suite, et l'emploi formidable qui en a été fait,
qu'il devient plus nécessaire que jamais de rechercher comment il convient de
combiner les éléments compliqués et dispendieux dont elle se compose.
Les guerres
récentes offrent, en effet, une masse toujours croissante d'artillerie : ce
n'est plus la proportion admise antérieurement de deux pièces par 1,000 hommes
; cette proportion s'est élevée depuis jusqu'à cinq, six et huit pièces par
1,000 hommes ; les troupes se réduisaient rapidement pendant la guerre, sans
que la quantité d'artillerie diminuât, et peut-être est-il vrai de dire qu'elle
augmentait même en raison inverse de la qualité des troupes.
Ajoutons à
ces considérations que l'emploi de l'artillerie a beaucoup changé de nos jours.
Autrefois des dispositions de tactique, méditées et ordonnées d'avance,
faisaient arriver méthodiquement dans les batailles, des colonnes entremêlées
d'artillerie, distribuer avec une sorte de symétrie dans les intervalles des
bataillons, qui marchaient par la droite ou par la gauche, à distance de
peloton, se mettant en bataille à gauche ou à droite ; rarement voyait-on
réunir de ces masses d'artillerie destinées à frapper de grands coups. Telle
était encore l'habitude des batailles pendant la guerre de sept ans.
Il n'en a
plus été de même de nos jours ; toutes les dispositions de tactique, dans les
batailles, ont pris une autre forme ; sans en détailler la comparaison, il
suffit de rappeler qu'aujourd'hui, généralement, des masses considérables de
troupes manœuvrent isolément dans un but commun, s'engageant partout, ouvrant
et décidant leurs attaques par des lignes formidables d'artillerie, que de
puissantes réserves appuient encore, pour achever d'accabler l'ennemi sur le
point décisif : ainsi l'on voit à Gross-Beeren, en 1813, dans un combat partiel
de simples corps d'armée, où 20,000 hommes, au plus, étaient engagés de part et
d'autre, quatre-vingt-quatre pièces prussiennes en ligne commencer l'action
contre soixante pièces françaises. A la bataille de Lutzen, suivant les récits
des Prussiens, une ligne formée de la plus grande partie de l'artillerie de la
garde française, ayant pris position à droite de Kaya, décida leur retraite et
assura la victoire aux Français. A Wagram il en fut de même : à Leipzig six
cents pièces françaises furent engagées et neuf cents des alliés.
Cette
nouvelle manière d'employer l'artillerie amena la nécessité de pouvoir la faire
manœuvrer comme des troupes ; de-là les grands changements apportés à son
organisation et au mode d'attelage, et l'emploi devenu général de l'artillerie
à cheval. Toutes les puissances militaires s'occupèrent avec activité d'étudier
le moyen d'assurer à l'artillerie une combinaison propre à satisfaire à ces
nouvelles conditions. Cette arme devenue l'objet de la sollicitude des
gouvernements, subit partout dos changement importants, tant dans le personnel
que dans le matériel, et acquit ainsi de nouveaux développements.
Différentes
circonstances ont empêché qu'en France sous ce rapport, on ait suivi cette
impulsion ; il est inutile d'en approfondir les motifs, mais il ne s'est point
fait, jusqu'ici, de changements marquants dans l 'artillerie de bataille ; il
n'en a point été apporté au matériel, qui date encore de Gribeauval ; peut-être
par trop de confiance dans la supériorité qu'avait acquise l'artillerie
française dans les premiers temps de la guerre ; peut-être aussi faut-il
attribuer cette réserve de ne rien changer, aux changements mêmes qui ont eu li
eu si fréquemment dans les ministères, et qui étaient un grand obstacle à ce
qu'aucune grande amélioration pût être entreprise avec quelque succès.
Cependant,
les moyens de bien faire ne manquent heureusement pas. L'artillerie française
peut prétendre, sans présomption, à une certaine supériorité de son personnel
sur d'autres artilleries ; la force de ses écoles la lui assure. Il existe
aujourd'hui un grand nombre d'officiers qui, après y avoir puisé les
connaissances les plus approfondies, y ont joint l'expérience des plus grands
événements de la guerre : il ne s'agit plus que d'utiliser d'aussi précieuses
ressources, et d'en tirer tout le parti qu'elles offrent.
L'opinion se
prononce actuellement d'une manière trop décisive en faveur d'un changement de
matériel, pour que nous ne touchions pas au moment de le voir s'accomplir.
Cependant il convient, pour mieux éclairer cette importante question, de bien
caractériser d'abord les différences remarquables qui distinguent le matériel
français de tous ceux de l'Europe.
A l'époque
de la création du matériel actuel, dû au génie de Gribeauval, c'était un grand
pas de fait, qui assura à l'artillerie française la supériorité sur l'artillerie
étrangère encore grossière ; mais, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne
s'agissait guère alors que de transporter l'artillerie, comme convoi, à la
suite de l'armée, plutôt que de manœuvrer. Les pièces, sur le champ de
bataille, étaient, la plupart du temps , traînées par les canonniers, et
assurément la manière dont l'artillerie étais alors attelée fait foi 2)
qu'il ne pouvait être question de manœuvre.
2) L'artillerie était alors conduite par des charretiers
d'entreprise. L'organisation du train date de 1801.
Le trait
caractéristique de ce système d'artillerie, est, principalement, de transporter
séparément, dans des caissons, à la su ite de chaque bouche à feu, les
munitions nécessaires à son approvisionnement. Sans son caisson la pièce est
nulle et ne peut combattre ( car nous devons compter pour rien quelques coups
renfermés dans les coffrets ) : de-là la nécessité de ne jamais s'en séparer et
de le traîner partout à sa suite ; et sur un champ de bataille, le nombre de
bouches à feu qui combattent entraîne immédiatement, sur le même terrain, au
moins un égal nombre de caissons ; par conséquent une double ligne de voitures
et de chevaux ; et celles-ci offrent par leur construction le plus d'embarras.
Toutes les artilleries
étrangères, au contraire, étant organisées de manière à avoir, sur
l'avant-train des bouches à feu, un coffret susceptible de recevoir un
approvisionnement assez considérable pour pourvoir à un combat d'une certaine
durée 3) ; les caissons de munitions nécessaires pour les compléter
et les entretenir restent en réserve hors de portée, ne les gênent en rien dans
leurs mouvements, et leur laissent ainsi toute la liberté de manœuvrer et de se
porter où il est besoin. Une ligne de pièces seule combat ; tous les mouvements
sont simples et faciles ; un moindre nombre d'hommes et de chevaux sont
exposés, et les commandants de batteries, n'ayant à s'occuper que de leurs
pièces, agissent avec bien plus de confiance et de sécurité. Bien entendu que
cette disposition ne peut s'appliquer rigoureusement qu'aux canons de 6 ou de 8
; l'avant-train des obusiers ou canons de 12 ne peut jamais contenir de
munitions assez pour soutenir un feu de longue durée ; il faut nécessairement
qu'il y ait à portée un caisson pour deux obusiers et un par pièce de 12.
3) Les avant-trains prussiens de 6, pour l'artillerie à
pied, portent soixante-dix coups. Ceux pour l'artillerie à cheval, soixante
coups. Pour obusiers de 24, vingt-un coups. Pour 12, vingt-un coups.
L'avant-train de 6 hollandais (modèle anglais, ce matériel y étant depuis peu
introduit) porte soixante coups. Les avant-trains de 6 anglais portent
quarante-deux coups ; d'obusiers, une vingtaine de coups. Les avant-trains des
pièces russes et polonaises ne portent qu'une vingtaine de coups, mais leurs
caissons à deux roues sont assez mobiles pour suivre les pièces facilement et
ne point gêner, car ces deux artilleries manœuvrent avec une extrême rapidité.
Il en
résulte que dans ces terribles combats d'artillerie dont les dernières guerres
offrent souvent l'exemple, nous combattions avec un nombre à peu près double de
voitures et de chevaux pour produire un feu égal ; et que dans les
circonstances critiques et difficiles qu'offrent les batailles, soit pour y
arriver ou en sortir, l'encombrement énorme de voitures a souvent accru nos
dangers et nos pertes ; et il est à remarquer que, sous ce rapport même, nos
caissons, si peu maniables, incapables de tourner, prêts à verser dans toutes
les irrégularités de terrain, et qu'on ne peut relever sans des travaux qu'on
n'a pas toujours le temps d'effectuer, offrent encore bien plus de difficultés
que les pièces, et sont un sujet d'inquiétude pour les officiers d'artillerie.
Telle fut,
en effet, la funeste issue de plusieurs batailles où l'on fit des pertes
énormes d'artillerie 4), par exemple celle de Dennewitz et de la
Katzbach ; cette dernière, surtout, s'étant livrée dans un terrain coupé de
ravins et de défilés où les communications étaient très-difficiles, tout fut
encombré de voitures ; l'artillerie ne put s'en tirer : on perdit cent cinq
pièces de canon et plus de trois cents caissons ; au combat de Mockern, lors
des journées de Leipzig, soixante-quatre ; à Dennewitz, soixante, etc.
4) A la première journée de Leipzig, du côté seulement du
6e corps, à Mockern, on perdit 64
pièces ; à Kulm, 90.
Sans doute
que si l'on compare la situation d'une artillerie également nombreuse, exposée
aux chances bonnes ou mauvaises d'une bataille, qui toutes cependant doivent se
prévoir, on ne saurait refuser la préférence à celle qui, offrant la même masse
de feux, déploie à peu prés moitié moins de voitures et de chevaux, rendant,
par cela seul, tous les mouvements plus simples et plus faciles.
Les
inconvénients que nous signalons se font encore bien plus sentir dans
l'artillerie à cheval, destinée essentiellement à agir avec vitesse et à réunir
subitement une masse de feux sur un point décisif. Quels que soient ses efforts
5), les caissons sont un obstacle continuel à ce qu'elle puisse avoir
aucune rapidité ; les moindres irrégularités de terrain l'arrêtent à chaque pas
: les pièces, à la vérité, les franchiraient ( et en effet on peut les faire
passer presque partout ); mais sans leurs caissons que feraient-elles ? Cette
artillerie est paralysée ou retardée, le moment manqué, et l'artillerie à
cheval la mieux instruite, la plus exercée et la plus hardie, peut se trouver
ainsi arrêtée dans le moment le plus important par les obstacles que lui oppose
la nature de son matériel.
5) Il suffit, en effet, seulement d'y jeter les yeux pour
en être convaincu.
Ajoutons une
autre considération essentielle qui se lie à celle-ci : c'est que les plus
grands événements de la guerre dépendant souvent d'un moment, quelques pièces
d'artillerie à cheval arrivant avec rapidité, à propos, peuvent tout décider.
Mais gui assurera qu'un officier responsable de sa batterie, embarrassé par des
difficultés de terrain, osera se hasarder, lors même qu'il en reconnaîtrait
l'importance, à laisser ses caissons derrière lui, s'ils ne peuvent le suivre ?
A moins que le général- commandant, bien au fait de tous les détails qui
concernent le service de l'artillerie, ne l'encourage et n'en prenne la
responsabilité sur lui, l'officier attendra, cherchera à tout emmener, et,
retardé dans sa marche, perdra peut-être une occasion décisive.
Dans tous
les cas, les caissons ne permettront jamais d'aller plus vite qu'au trot,
tandis que toutes les artilleries à cheval étrangères peuvent aller au grand
galop, quand les circonstances l'exigent, et suivre tous les mouvements de la
cavalerie ; le mot en carrière ou galop abandonnée, existe même dans tous leurs
règlements de manœuvre. Il est impossible que l'artillerie à cheval française
en fasse autant, sous peine de compromettre son matériel en exposant les
caissons à verser au premier obstacle 6).
6) Dans les manœuvres avec les troupes, l'étala d'une
batterie les gêne beaucoup ; occupant environ le front de deux escadrons et
demi (45 à 50 toises), six pièces seules se resserrent davantage et se manient
aussi facilement qu'un escadron, tandis que la 2e ligne des caissons rend tous
les mouvements très-compliqués et incommodes. Bien entendu que devant l'ennemi,
on prend plus d'intervalle, s'il y a lieu.
Plusieurs
circonstances pourraient prouver l'extrême importance de donner à l'artillerie
à cheval toute la mobilité dont elle est susceptible. Nous n'en citerons qu'un
exemple.
A Vauchamp,
en 1814, dans la campagne d'hiver, le maréchal Blücher se trouva surpris par
l'armée française et mal mené ; on entama ses troupes de toutes parts ; on fit
beaucoup de prisonniers ; il avait peu de cavalerie, contre l'ordinaire des
troupes prussiennes, et nous en avions un corps assez considérable.
L'infanterie déconcertée, se resserrant en masse compacte, chercha, à la faveur
de la chute du jour, à effectuer sa retraite par la grande route de Châlons.
Les généraux prussiens, entre autres le maréchal Blücher, faisaient des efforts
extraordinaires par leur exemple, pour soutenir leurs troupes près de se
rompre. Pendant ce temps, il se fit par la gauche de l'armée française, un
grand mouvement de cavalerie accompagnée d'artillerie à cheval, pour gagner les
derrières de l'armée prussienne. Cette cavalerie y arriva en effet, mais sans
artillerie ; le terrain trop difficile par cette saison, la retarda ; il est
probable que quelques places auraient pu suivre ; mais les caissons ne
pouvaient s'en tirer. Qu'arriva-t-il? C'est quelle ce mouvement de cavalerie
qui devait causer, peut-être, la ruine de l'ennemi, déjà partout entamé et
vivement poursuivi, ne produisit aucun effet. La cavalerie arriva bien sur les
derrières, et enveloppant circulairement les troupes prussiennes, d'après leur
propre récit, leur coupait toute retraite ; elle tenta plusieurs charges elle
furent infructueuses, malgré le désordre de l'infanterie ennemie. Quelques
pièces d'artillerie auraient suffi pour entamer ces masses compactes, dans
lesquelles la cavalerie aurait facilement pénétré ; au lieu de cela, l'ennemi
parvint à réunir quelques pièces d'artillerie à cheval russes 7), et
repoussant notre cavalerie, acheva sa retraite. Ce grand mouvement, quoique
bien exécuté, n'eut pas le moindre résultat. On conçoit ce qu'auraient pu
faire, dans cette circonstance, quelques pièces d'une artillerie bien mobile,
capable de franchir facilement les difficultés. Vingt coups de canon auraient
peut-être assuré une victoire complète qui, dans cette circonstance, aurait pu
décider de la guerre.
7) A la bataille de Dennewitz, 18 pièces d'artillerie à
cheval russes, s'étant portées, par un mouvement rapide, sur le flanc de l'
attaque de la division Durutte sur Nieder Gorsdorff, à petite portée de
mitraille, l'ébranla et la refoula dans Dennewitz. Ce fut le commencement des
désastres de la journée.
Concluons
de-là que notre système de matériel n'est plus en rapport avec la manière
actuelle d'employer l'artillerie ; qu'en général il entrave et retarde les
manœuvres ; qu'il ne doit pas être conservé pour l'artillerie à cheval, et
qu'il faut en adopter une autre analogue à celui des puissances étrangères,
c'est-à-dire que chaque pièce ait un approvisionnement convenable sur son
avant- train.
Or, parmi
les diverses artilleries qui remplissent ces conditions, l'artillerie anglaise
obtient une préférence fondée d'abord sur l'expérience satisfaisante qu'en ont
faite les Anglais eux-mêmes pendant la guerre difficile et méthodique de la
Péninsule, et ensuite sur celles qui viennent d'avoir lieu en France : les
avantages en sont déjà assez généralement admis pour ne pas avoir lieu de les
développer en détail ; ils consistent principalement:
1. Dans la disposition admirablement simple
d'un seul flasque d'affût, d'où il est résulté la possibilité d'élever beaucoup
les roues d'avant-train, sans diminuer pour cela la facilité de tourner qui, au
contraire, y gagne.
2. Les roues d'avant-train ayant pu ainsi être
élevées à l'égal des roues de la pièce et du caisson, il en est résulté la
simplification si avantageuse de n'avoir qu'un seul modèle de roue.
3.
L'ingénieuse construction du caisson à flèche, qui se décompose en deux trains,
procure l'avantage aussi remarquable qu'utile d'avoir un avant-train commun
pour la pièce et le caisson.
4. De-là la
propriété particulière à cette artillerie de rendre la présence des caissons,
dans l'action, moins nécessaire encore, attendu que les avant-trains de ceux-ci
se détachant de l'arrière-train, peuvent entretenir, d'une manière très-simple,
l'approvisionnement des pièces, en échangeant leurs avant-trains épuisés, qui
alors reprennent un nouveau chargement de munitions sur les derrières.
5. La
disposition des coffrets à munitions qui se trouvent sur l'avant-train de la
pièce et du caisson, permet d'en décomposer facilement toutes les parties, ce
qui offre un avantage inappréciable pour effectuer les chargements et remédier
aux accidents, si fréquents à la guerre, où l'on peut relever successivement
les différentes parties d'un caisson versé en le décomposant, ou enlever, dans
des circonstances critiques, soit les munitions, soit telle partie de la
voiture, suivait le besoin.
L'avantage
de n'avoir qu'une roue est évident ; il n'y a pas lieu à le discuter ; mais
celui d'avoir des roues de devant plus
élevées qu'elles ne le sont de coutume aux pièces et aux caissons, et plus
élevées qu'elles ne peuvent l'être dans tout autre système, par suite des
constructions anglaises, est de la plus grande importance ; il en résulte un
grand bénéfice pour le tirage dans les chemins difficiles, et cette
considération mérite d'être évaluée et appuyée de preuves.
La théorie
la plus élémentaire démontre que des roues d'un plus grand diamètre contribuent
puissamment à faire surmonter aux fardeaux que transportent les voitures, les
obstacles qui leur sont opposés, et cela s'applique de même à cette succession
d'obstacles que les roues ont à vaincre continuellement dans les routes.
Mais
l'expérience appuie d'une manière bien frappante cette théorie élémentaire.
Parmi environ soixante expériences faites avec des voitures d'artillerie,
canons, avant-trains, caissons, dont les roues avaient différents diamètres,
dans toutes les conditions possibles, afin d'évaluer l'effort qu'il était
nécessaire d'employer pour les mettre en mouvement sur un terrain horizontal et
tirer, successivement, les roues de devant et de derrière d'une ornière
profonde il s'est trouvé, entre autres, que deux voitures composant avec leur
chargement environ deux mille huit cents livres chacune, ayant l'une A des
roues de devant de trois pieds neuf pouces (mesure du Rhin), celles de derrière
de quatre pieds cinq pouces et demi ; l'autre B des roues de devant de quatre
pieds cinq pouces trois quarts, celles de derrière de cinq pieds un pouce et
demi, ont été tirées sur un terrain horizontal : la première (A) avec un effort
de quatre cents livres, l'autre (B) seulement de cent trente-cinq. Toutes deux
passant dans un trou profond de seize pouces trois quarts, et large en haut de
deux pieds onze pouces pour la première voiture, il fallut un effort de
vingt-un quintaux un cinquième pour la sortir après l'enfoncement des roues de
devant dans l'ornière, et de dix-huit quintaux un septième après l'enfoncement
de celles de derrière. Pour la seconde, il ne fallut que treize quintaux et
demi pour la sortir de l'ornière après l'enfoncement des roues de devant, et
treize quintaux un sixième pour celles de derrière.
Sur le
terrain horizontal, les roues de devant de la voiture B s'enfoncèrent d'un
grand pouce de moins, et celles de derrière d'un demi-pouce de moins que les
roues correspondantes de la voiture A.
Nous citons
cette expérience intéressante, qui fait partie d'une suite complète
d'expériences faites par le célèbre général Scharnhorst, pour évaluer l'effort
du tirage de différentes roues, comme une preuve convaincante du grand avantage
que procurent des roues élevées, puisqu'une différence de diamètre de sept
pouces dorme une différence d'effort dans le rapport de treize à vingt-un, dans
des ornières profondes, en faveur des roues élevées ; et d'un et demi à quatre
sur un terrain horizontal : ce qui fait à peu près le bénéfice de la force d'un
cheval.
Cette
considération seule est trop important pour ne pas fixer l'attention, et parait
devoir entrer pour beaucoup dans l'appréciation du système anglais.
Le parti
qu'il y a à tirer de l'artillerie anglaise est aujourd'hui assez reconnu ; nous
voyons qu'il offre tous les avantages que nous avons signalés dans le système des
artilleries étrangères : c'est-à-dire l'appareil bien plus simple de n'amener,
si l'on veut, au combat que les bouches à feu seules, sans caissons ; mais de
plus, avec toute la supériorité des avantages qui résultent de l'ingénieuse
combinaison de l'affût, de l'avant-train et du caisson.
A la vérité,
toute combinaison qui admet un certain approvisionnement de munitions dans le
coffret d'avant-train, exclut nécessairement l'usage habituel de la prolonge,
les chevaux ne pouvant traîner long-temps une pièce à la remorque d'un
avant-train chargé d'un poids un peu considérable, et impose l'obligation
d’ôter et de remettre l'avant-train pour mettre en batterie et changer de
position. Mais l'expérience a déjà prouvé qu'il n'en résulte aucun
inconvénient, et qui la très-faible différence de temps nécessaire pour mettre
en batterie ne pouvait guère être appréciée. Une courte prolonge à un seul brin
peut, d'ailleurs, être disposée après l'affût ou l'avant-train, pour être
employée dans certaines circonstances, comme, par exemple, pour des feux de
retraite, à une arrière-garde ; et il serait laissé à la prudence de l'officier
de discerner ces circonstances.
Du reste, il
y a lieu de croire qu'on ne tardera pas à se familiariser avec l'idée de se
servir peu ou point de la prolonge, dont nous avons exagéré les avantages : et
peut-être abusé ; car on peut remarquer que si la prolonge offre celui de
pouvoir tirer les derniers coups au dernier moment, avec plus de confiance,
d'un autre côté, si malheureusement l'ennemi pénètre dans les pièces, il les
trouve alors toutes attelées et prêtes à être emmenées ; tandis que dans un cas
critique, comme une charge de cavalerie dont le succès n'est souvent que
très-momentané, il suffirait, à la dernière extrémité, de laisser les pièces
qu'on serait forcé d'abandonner, sans chevaux ni avant-train, pour que l'ennemi
n'en sache que faire : et combien de fois n'arrive-t-il pas qu'un instant
après, on revient prendre sa position et en chasser l'ennemi à son tour ? En
tout cas, dans un moment de crise passagère comme une charge, il faut encore
quelque habitude pour pouvoir remettre la pièce sur l'avant-train, afin de
l'emmener.
Il y a lieu
de croire que dans les dernières guerres où l'ennemi, devenu plus hardi,
attaqua plus souvent nos batteries, cette disposition usitée parmi nous, de les
avoir toujours à la prolonge, a contribué à en faire perdre davantage. Les
récits de plusieurs batailles font voir, en effet, dans différentes attaques
d'infanterie 8) et de cavalerie, des batteries ou portions de
batteries successivement enlevées qui n'auraient pas été, peut-être, si
facilement perdues, si elles ne s'étaient trouvées toutes prêtes à être
emmenées.
8) Lors des batailles de Dennewitz et de la Katzbach où
l'on fit des pertes considérables d'artillerie, une partie fut enlevée par de
l'infanterie.
On a
cherché, dans ce qui précède, à exposer avec impartialité les inconvénients du
système de matériel français, et la préférence que paraît mériter, en général,
le matériel anglais ; celui-ci ayant, comme toutes les artilleries étrangères,
la faculté de combattre avec les seules bouches à feu, et, de plus, beaucoup
d'avantages particuliers qui sont dus aux combinaisons ingénieuses de sa
construction.
Partons de
cette base et parcourons les différents rapports qui doivent être pris en
considération dans cette question.
L'utilité
d'avoir sur l'avant-train un chargement de munitions suffisant pour soutenir
une action, ne paraît guère être susceptible d'être contestée ; mais les moyens
de remplir cette condition deviennent moins faciles, à mesure que le calibre ou
le volume des munitions augmente ; le 8 et les obusiers se trouvent dans ce cas
: le calibre anglais de 6, d'ailleurs très-faible, a sur son avant-train
quarante à quarante-deux coups ; le 8 n'en a, dans une capacité semblable, que
vingt-huit à trente-deux, suivant la disposition des coffrets.
Il s'élève
alors cette question : Faut-il adopter un calibre qui permette, comme le 6, de
charger plus de munitions ; ou faut-il chercher à agrandir les coffrets en
conservant le 8?
Cette
question exigerait une discussion plus approfondie que ne le comporte le cadre
des présentes observations ; il semble cependant préférable d'adopter un
calibre qui, satisfaisant à toutes les conditions qu'on doit exiger de
l'artillerie dans les combats, donne, en même temps, un degré bien supérieur de
mobilité si important pour toutes les opérations de la guerre. Le 6 parait
remplir ces conditions ; et, si on ne peut contester qu'il n'ait quelque infériorité
dans ses effets, on peut démontrer, d'une autre côté, qu'une faible
augmentation dans la quantité des pièces, supplée très-bien à la supériorité
d'effet qu'a, nécessairement, le calibre de 8.
Cette
opinion ne peut être soutenue que par des preuves puisées dans des faits
positifs ; et ces faits résultent des belles recherches du général Scharnhorst
sur la probabilité des effets de l'artillerie dans le tir, dans son
ouvrage sur l'artillerie. On peut regarder cette intéressante partie de son
livre comme ayant posé les premiers principes d'une des plus importantes
questions de l'artillerie, question d'ailleurs trop négligée jusqu'ici. Une
grande quantité d'expériences faites dans différents pays, avec divers calibres
et dans toute espèce de circonstances, donnent des résultats concluants.
On y voit
que si les calibres supérieurs ont une influence morale plus grande sur les
troupes, plus de justesse dans le tir à de plus grandes portées, des portées
incontestablement plus grandes aussi, plus d'effet dans le tir à mitraille et à
de plus grandes distances, ces mêmes calibres tirent moins facilement et moins
de coups dans un temps donné, éprouvent des obstacles pour occuper les
emplacement qui conviennent ; tandis qu'un plus grand nombre de pièces de
calibre inférieur, plus mobiles, tirera un beaucoup plus grand nombre de coups
dans un temps donné, et offrira ainsi une compensation peut-être avantageuse de
son infériorité.
Comparons
donc, d'après les expériences recueillies par le général Scharnhorst, les effets
de quatre canons de 12, et de quatre canons de 6, tirant à boulets, pendant
trente minutes, contre un mur de planches de deux cents pieds de long et six
pieds de hauteur, pouvant représenter, à peu prés, le front d'un bataillon
d'infanterie.
Voici les
résultats qu'on peut évaluer, en admettant toujours, d'après l'expérience,
qu'un canon de 12 tire trois coups en deux minutes, en mettant, pour pointer,
le temps convenable ; et que le 6 tire deux coups par minute.
On
distinguera deux espèces de tir : celui de plein fouet, où la pièce
devra atteindre le but en lui donnant la hausse convenable ; et à ricochet,
de but en blanc, c'est-à-dire sans hausse : le boulet n'atteignant, dans ce
cas, le but que par des ricochets rasants successifs.
A deux mille
quatre cents pas, ou neuf cents toises.
Quatre
canons de 12 tireront, pendant trente minutes, cent quatre-vingts boulets ; eu
tirant à ricochet, comme nous venons de le dire, à cette distance, trente-six
boulets atteindront le mur de planches.
Les quatre
canons de 6 tireront, pendant cette même durée de temps, deux cent quarante
boulets ; mais il ne peut arriver au but que quelques boulets perdus.
A dix-huit
cents pas, ou six cent soixante-dix toises.
Sur les cent
quatre-vingts boulets de 12, quarante-cinq frapperont le but en tirant à
ricochet, et seize seulement de plein fouet avec quatre de grès de hausse.
Sur les deux
cent quarante boulets de 6, il n'en arrivera pas au but de plein fouet ; mais
soixante le frapperont, tirés à ricochet et sans hausse.
De quatre
cent cinquante à quatre cent quatre-vingts toisés.
Sur les cens
quatre-vingts boulets de 12, vingt à trente atteindront le but de plein fouet,
et quarante-six à ricochet.
Mais sur les
deux cent quarante boulets de six, vingt à trente atteindront le but de plein
fouet, et au moins une soixantaine à ricochet.
On voit donc
que, déjà au-delà de six cents toises, le 6 tirant plus de coups, portera à
ricochet plus de boulets dans un front donné, et autant de plein fouet.
Or, les
combats ne deviennent décisifs qu'à la distance de cinq cents toises : plus
loin, ce sont des canonnades plus ou moins efficaces, mais qui n'ont pas encore
une grande influence sur les troupes pour peu qu'elles aient de contenance. Ce
n'est qu'à la distance de quatre cent cinquante à cinq cents toises que les
engagements deviennent très-vifs, et que l'effet de l'artillerie peut décider
de la résistance et du sort des troupes.
Donc, à cette
distance, une plus grande quantité de canons, d'un plus faible calibre
combattra, sans infériorité, un moindre nombre de canons d'un plus fort
calibre, et on peut admettre que cinq canons de 6 produiront autant d'effet que
trois canons de douze, et certainement, que quatre canons de 8.
Bien entendu
que cette assertion doit se renfermer dans de justes limites ; on n'ira pas,
comme cela a été dit, jusqu'à rejeter le 12, ou l'étendre indistinctement à
tous les calibres ; car il s'ensuivrait qu'une grande quantité de canons de 4
auraient aussi la supériorité, ce qui est impossible à admettre. Mais on peut
en conclure, sans absurdité, que, dans l'organisation d'un matériel d'armée, on
pourrait compter cinq pièces de 6 pour quatre de 8 ; et que, sans perdre pour
les effets de l'artillerie, on aurait l'avantage d'en avoir une bien plus
mobile et maniable, pouvant suivre partout ; et nous y trouverions de plus le
grand avantage de pouvoir faire porter à chaque canon un approvisionnement plus
considérable, permettant alors d'avoir en ligne peu ou point de caissons.
Mais s'il
paraissait indispensable de conserver le 8, nous remarquerions que le grand
bénéfice que donne, pour les chevaux, le plus grand diamètre des roues,
permettrait d'augmenter de quelque chose le chargement d'avant-train, sans
aucun inconvénient, en cherchant une disposition convenable de construction.
Les obusiers
donnent lieu à une autre considération. Le volume de leurs munitions
nécessitera toujours de faire suivre un caisson pour les deux obusiers de la
batterie, parce que le coffret d'avant-train ne peut jamais en contenir
beaucoup ; mais cette proportion de deux obusiers qui entraîne plus d'embarras
pour les approvisionnements parait être trop forte sur six bouches à feu. La
formation des batteries étrangères à huit bouches à feu dont deux obusiers,
semble, sous ce rapport, préférable ; car le tir de l'obusier est spécial, plus
lent, plus difficile à approvisionner ; les circonstances propres à ce tir me
se rencontrent pas toujours, et cependant, lorsqu'il compose le tiers d'une
batterie, il faut nécessairement qu'il consomme ses munitions, indifféremment
avec les canons, là où ceux-ci se trouvent placés, sans produire cependant
autant d'effet, à cause de l'inexactitude du tir qui résulte de leur peu de
longueur. C'est un grand inconvénient qui fait peut-être regretter, sous ce
rapport du moins, que la composition de nos batteries ne soit pas de huit
bouches à feu dont deux obusiers, qui, alors, ne sont plus dans le cas de tirer
indifféremment, qu'il y ait lieu ou non, et peuvent ainsi ménager leurs feux
pour des circonstances opportunes. En général, il paraîtrait très-utile qu'une
batterie d'obusiers fit toujours partie de l'artillerie de réserve d'un corps
d'armée. Elle serait d'un effet formidable si on la faisait donner avec
discernement dans des circonstances favorables. Cette disposition existe dans
toutes les armées étrangères, et on s'en est bien trouvé à la guerre.
L'artillerie
anglaise a, depuis long-temps, une sorte de limonière dont un bras fait timon ;
cette disposition a pour objet, comme il n'y a pas de sassoire, de soutenir
l'avant-train dont le chargement est en avant de l'essieu, et de lier plus
étroitement cet avant-train avec la pièce, ou avec le train de derrière du
caisson ; ces parties unies seulement par un crochet, sont mieux maintenues et
font mieux système ; mais des inconvénients très-réels font, assez
généralement, rejeter ce mode d'attelage ; le sous-verge a besoin d'un
harnachement particulier qui le rend difficile à atteler et à remplacer, et le
conducteur en est fort gêné.
Des essais
plus récents, où l'on a tenté de faire ouvrir en dehors le bras intérieur de la
limonière, pour atteler, ne paraissent pas satisfaire encore, car rien n'obvie
à la difficulté très-grave que l'on éprouve quand le cheval s'abat.
On en
revient donc au timon ; l'emploi d'une fausse sassoire destinée à le soutenir a
été généralement rejeté depuis que les épreuves qui ont été faites ont démontré
l'inconvénient de ce mode. Comme il s'agit d'un très-faible effort pour
soutenir le limon dont l'extrémité pèse aux chaînes d'attelage, divers moyens
ont été essayés. Celui d'une traverse en bois, fixée au timon, mais d'une
manière mobile, suspendue à des collerons reposant sur le cou des chevaux, par
de fausses chaînettes, parait jusqu'ici mieux remplir le but proposé ; surtout
en reculant le centre de gravité sur l'essieu, en portant le coffret un peu en
arrière, ce qui réduit le poids du bout du timon, pour les deux chevaux, à dix
à quinze livres, dans les circonstances les plus défavorables ; mais
l'expérience peut seule donner une solution positive à cet égard : on s'en
occupe. Il importe d'être assuré si les chevaux ne sont pas dans le cas d'être
gènes à la longue par ce mode de suspension 9).
9) Les derniers essais annoncent un résultat satisfaisant
: très-peu de chevaux ont été blessés, après quatre cents lieues de marche.
D'autres moyens ont été essayés mais avec moins d'avantage, étant plus
compliques ; outre que le peu de chevaux, qui avaient souffert du colleron, se
sont guéris étant attelés devant quelques jours. Cette considération parait
importante.
La faculté
qu'offre l'avant-train de pouvoir asseoir des canonniers sur l'affût, de les
transporter rapidement, d'une manière analogue à l'artillerie à cheval, peut
être utilisée dans quelques circonstances d'urgence, pendant peu de temps, sur
un terrain uni ; mais on ne saurait jamais en faire, raisonnablement, un mode
d'organisation, ni croire à la possibilité de faire ainsi une espèce
d'artillerie légère. Ce ne peut être qu'une ressource utile ; car jamais les
hommes ne supporteraient long-temps, ni habituellement, d'aussi violentes
secousses qui les fatigueraient plus que d'aller à pied ; ce serait ajouter un
grand fardeau au poids des pièces et des caissons à et retomber dans tous les
inconvénients généralement condamnés du wurst et autres voitures de ce genre.
Dans
l'artillerie prussienne, une disposition semblable permet de transporter aussi
les canonniers sur les pièces et les chevaux de sous-verge. On s'en est servi
avec avantage dans quelques circonstances, comme à Lutzen ; mais l'expérience
qu'ils en ont faite a fait reconnaître que ce n'était qu'une ressource utile
dans quelques occasions, qui ne peut avoir aucune influence sur la composition
ni la formation de l'artillerie à cheval, et, en effet, n'en a eu aucune.
Ces mêmes
motifs font de même rejeter l'idée d'avoir deux hommes sur le coffret
d'avant-train, dans l'artillerie à cheval ; ces hommes souffraient, se regarderaient
toujours comme sacrifiés, et n'auraient pas cette confiance qu'éprouve l'homme
monté d'avoir à sa disposition ses moyens de transport. Que ce soit un préjugé
ou non, il fait en partie la force et la confiance de l'artillerie à cheval.
Une mesquine économie de deux chevaux aurait un effet moral très-fâcheux. Rien
n'empêche, d'ailleurs, d'employer ainsi des hommes démontés ; mais non d'en
faire un mode d'organisation. Lors d'une action, peut-être peut-on prendre
cette disposition momentanément. Les Anglais font ainsi, dit-on.
On est entré
précédemment dans les détails qui concernent particulièrement le matériel à on
a cherché à démontrer que la manière entièrement nouvelle dont l'artillerie
était employée actuellement à la guerre, exigeant qu'elle fût susceptible de
manœuvrer comme les troupes, il devenait de la plus grande importance d'adopter
le système de matériel le plus approprié au combat, et de le faire le plus
simple et le plus mobile possible.
On a cité le
matériel anglais comme réunissant jusqu'ici ces conditions plus qu'aucun autre,
et s'approchant le plus du but qu'on devait se proposer, et on a considéré le
nôtre comme s'en éloignant, à cause de la multiplicité des voitures qui le
composent, de leur peu de mobilité et de l'encombrement qui en résulte.
Mais s'il
importe tant de donner à l'artillerie beaucoup de mobilité pour qu'elle
obtienne dans les batailles toute l'influence qui lui appartient,
l'organisation du personnel doit nécessairement y avoir aussi une grande part.
On conçoit
que l'artillerie approchera d'autant plus de la perfection, que tous ses
élément seront mieux combinés, parfaitement unis, et en quelque sorte
identifiés. Cette considération s'applique particulièrement au train qui
l'attelle ; elle a amené les principales puissances militaires à le réunir
entièrement à l'artillerie, se fondant sur ce principe incontestable que
l'artillerie n'étant rien, et ne pouvant agir sans ses chevaux, on ne saurait
les placer trop prés d'elle, ni les soustraire à sa dépendance.
Ainsi, en
Russie, des compagnies d'artillerie de campagne, toujours organisées en
batteries attelées, ne connaissent pas de distinction entre les cantonniers
servant les bouches à feu ou ceux qui les conduisent, tant dans l'artillerie à
pied que dans l'artillerie à cheval. L'artillerie russe, toujours organisée en
temps de paix comme à la guerre, ne laisse rien à désirer comme artillerie de
bataille, manœuvrant avec une hardiesse et une rapidité extrêmes.
En Prusse
également, depuis la réorganisation de l'armée, on a introduit cette grande
innovation, tant dans l'artillerie à pied que dans l'artillerie à cheval, de ne
plus avoir de soldats du train pour conduire les batteries ; ce sont,
actuellement, des artilleurs. Les cent trente-cinq compagnies d'artillerie de
campagne, à pied et à cheval, sont organisées ainsi, ayant toutes, en temps de
paix, un certain nombre de pièces toujours attelées, par compagnie ( deux par
compagnie à pied, et quatre par compagnie à cheval ). Les sous-officiers
d'artillerie à pied, même, étaient montés jusqu'en 1822, où des motifs
d'économie firent supprimer leurs chevaux.
En Hollande,
où l'on adopte le matériel anglais avec quelques modifications, toute
l'artillerie de campagne est conduite par des artilleurs ; un général français
avait organisé ainsi avec succès l'artillerie du royaume d'Italie. En
Angleterre, l'artillerie à cheval n'a que des artilleurs pour conduire ses
canons ; il n'y a des troupes du train que pour l'artillerie à pied.
Il est
évident qu'on a senti partout que ce moyen seul assurait à l'artillerie
l'entière disposition des éléments différents qui la composent, la possibilité
d'en tirer tout le parti possible, et que leur parfaite liaison garantissait
toutes les conditions d'instruction pratique et de mobilité désirables.
Comment, en
effet, ne reconnaîtrait-on pas que les soldats qui conduisent les canons sur un
champ de bataille, qui ont, pour ainsi dire, le sort de leurs pièces entre
leurs mains, partageant les mêmes peines et les mêmes dangers, ne méritent pas
moins que les canonniers qui les servent, et qu'il n'y a pas lieu d'en faire
une classe à part ?
Comment
concevoir qu'on puisse obtenir aucune perfection dans l'artillerie à cheval,
dont toute la puissance consiste cependant dans la rapidité de ses mouvements,
qui devient onéreuse lorsqu'elle n'est pas excellente, puisqu'une batterie à
cheval coûte à peu près autant que deux à pied, si les chevaux qui l'attellent
et les hommes qu i conduisent les pièces lui demeurent habituellement
étrangers?
Quant à
l'artillerie à pied, il n'est pas moins important que les officiers et
sous-officiers destinés à commander des pièces et des batteries soient
familiarisés avec le service des chevaux dont ils ne peuvent se passer.
L'artillerie à pied, qui aurait été plus à même de remplir ces conditions, aura
nécessairement une supériorité et un aplomb qu'elle n'obtiendra, dans le cas
contraire, qu'avec le temps et beaucoup de peine.
Cependant,
telle est encore la situation de l'artillerie en France, par rapport au train ;
entièrement étrangère à cette troupe, qui devient auxiliaire en temps de
guerre, elle n'en connaît qu'imparfaitement les ressources et le maniement. Au
moment de la guerre, l'organisation des batteries faite à la hâte 10),
associe ensemble des éléments inconnus les uns aux autres, et souvent
l'artillerie est dans le cas de faire son apprentissage aux dépens des chevaux,
n'ayant point l'habitude des soins que leur conservation exige.
10) En effet, des batteries d'artillerie à cheval ou à
pied, organisées à Metz, recevront peut-être leur train de Douai ou de La Fère.
En temps de
paix 11), à peine existe-t-il assez de chevaux du train dans les
écoles pour qu'une faible portion d'artillerie manœuvre une ou deux fois dans
l'année, avec des hommes et des chevaux qui ne leur sont accordés que
momentanément par une sorte de corvée.
11) Une fâcheuse économie avait réduit l'artillerie à
cette triste situation. Depuis quelque temps, cet état de choses a reçu de
l'amélioration.
L'artillerie
à pied demeure donc entièrement étrangère à cette partie si essentielle de son
service. L'artillerie à cheval est également dépourvue de moyens d'acquérir
cette parfaite instruction, cette rapidité et sûreté dans ses mouvement, qui
doivent faire sa puissance et qui ne s'obtiennent cependant qu'à force de
pratique et d'une parfaite habitude des hommes et des chevaux qu'elle emploie.
Il en
résulte encore que la troupe du train n'ayant qu'une existence, pour ainsi dire
équivoque, séparée de l'artillerie à qui elle n'est associée, en temps de paix,
que pour quelques manœuvres, conçoit un éloignement extrême pour cette
dépendance momentanée ; et cette troupe, essentiellement créée pour le service
de l'artillerie, en est aussi séparée que si elle lui était étrangère.
Qu'on ne
cite pas, pour justifier cet ordre de choses si vicieux, les services que le
train à rendus à la guerre ; ces services ne sont point contestés, mais il n'en
était ainsi que parce que la combinaison intime de ces divers éléments
s'établissait de fait dans le courant d'une campagne ; les batteries ne
formaient alors qu'un seul tout composé de canonniers, de soldats du train et
de chevaux ; et cette considération prouve précisément la nécessité de chercher
à obtenir ces mêmes résultats en temps de paix.
L'évidence
de ces avantages ne saurait être disputée, ils frappent tout le monde ; mais
certaines considérations qui ne sont pas sans valeur, arrêtent.
On reconnaît
qu'une organisation qui réunirait à l'artillerie à cheval le train de ses
batteries, irait, pour ainsi dire, d'elle-même ; que rien n'est plus facile ;
que l'artillerie à cheval étant destinée exclusivement à servir des batteries,
tous ses soldats doivent être canonniers, soit qu'ils servent ou conduisent les
pièces ; que l'accord et l'unité qui en résulteraient lui assureraient un degré
de perfection qu'elle n'obtient pas sans cela, et qu'il faut atteindre sous
peine d'être en arrière de toutes les autres artilleries ; mais que pour
l'artillerie à pied, beaucoup plus nombreuse, et dont le personnel est
susceptible de recevoir diverses destinations dans les parcs, les places, les
sièges, la fusion du train y devient impossible.
Cette
objection est fondée, et nous ajouterons même, dans l'intérêt de la
considération de cette arme que l'État doit être jaloux d'entretenir, qu'il
serait très-nuisible d'y mêler ainsi, indistinctement, une masse aussi
considérable de soldats du train que celle qui appartiendrait à l'organisation
de l'artillerie d'une armée.
Mais
pourquoi ne modifierait-on pas l'application d'une disposition qui ne peut être
générale, suivant la nature et la destination de chaque sorte d'artillerie ? et
puisque l'artillerie à cheval est exclusivement destinée à servir des
batteries, pourquoi n'y opérerait-on pas l'entière fusion du train qui lui est
nécessaire, en adoptant des canonniers pour conduire les pièces, tandis que
l'artillerie à pied, dont le personnel est dans le cas de recevoir diverses
destinations, aurait seulement, comme 3e bataillon ou escadron, à la suite de
chacun de ses régiments, une portion du train, composée de sous-officiers et
soldats du train, proportionnée au nombre de batteries que chaque régiment
pourrait être dans le cas de servir, divisée en compagnies commandées par des
officiers d'artillerie, et le tout par un chef de bataillon d'artillerie ?
Cette
portion de train, qui serait plus ou moins forte, suivant les moyens que l'État
pourrait y mettre, serait exclusivement destinée à atteler les batteries de
campagne ; mais se trouvant ainsi sous le commandement du chef du régiment,
entièrement à sa disposition, on obtiendrait tous les résultats avantageux que
nous avons indiqués.
On pourrait
même, pour ce bataillon ou escadron, convertir, sans inconvénient, les soldats
du train en artilleurs. Ces hommes conduisent les pièces au feu, et contribuent
autant à les servir que les canonniers qui les chargent : il ne s'y trouverait
point de difficulté.
Dans tous
les cas, lors même qu'on laisserait cet escadron sous la forme de train, et
qu'on ne voudrait pas en faire des artilleurs, ce seul aperçu suffit pour
reconnaître combien il en résulterait d'avantages pour l'artillerie à pied, qui
se familiariserait ainsi avec le maniement et la conduite des chevaux , aurait
dés officiers tout formés à ce genre de service, et lorsque la guerre ferait
organiser des batteries dans chaque régiment, les cadres seraient préparés de
longue main, exercés, instruits, il ne s'agirait plus que de les compléter en
hommes et en chevaux, et 1'on entrerait en campagne avec de l'artillerie
presque aussi formée que si elle avait déjà une longue habitude de la guerre. 12)
12) Les lieutenants d'artillerie à pied, qui auraient
commandé les compagnies du train, rentreraient dans leurs batteries qui se
trouveraient ainsi avoir un officier habitué à ce genre de service.
Quant à
l'artillerie à cheval, il serait inutile d'insister sur la supériorité et
l'habileté qu'elle acquerrait ; de démontrer combien ses mouvement
deviendraient sûrs et rapides, par l'instruction identique, le parfait accord
des hommes et des chevaux, concourant par un emploi différent à un même
service.
Ces
dispositions ne sauraient concerner que l'artillerie de bataille, car
l'organisation et l'approvisionnement de l'artillerie d'une armée entraînent
une quantité considérable de voitures de parc, de siège, de ponts, pour
lesquelles il faut encore une multitude d'hommes et de chevaux. Une armée, sur
le pied de guerre, exigerait de douze à quinze mille chevaux, qui ne peuvent
être organisés que pour bette circonstance ; mais ce ne sont plus alors que des
convois à transporter sur les communications de l'armée, et il importe peu que
les soldats nécessaires pour les conduire soient exercés ou aguerris, pourvu
qu'ils soient habitués aux chevaux.
On conçoit
que cette autre sorte de train, qui n'est qu'un train de convoi, ne combattant
pas, ne saurait être confondue avec celui qui sert l'artillerie de bataille,
partageant ses dangers et ses combats. Ce train de parc n'a besoin que de
quelques faibles cadres en temps de paix, qui seraient un débouché d'avancement
pour les sous-officiers et soldats du train des batteries que nous supposons
appartenir aux régiment d'artillerie à pied. En temps de guerre, son
organisation se développant beaucoup, on y placerait des sous-officiers
d'artillerie à cheval et d'artillerie à pied, comme officiers, ce qui offrirait
des avantages d'avancement très-favorables 13).
13) En émettant cette opinion, qu'il y aurait de grands
avantages pour l'artillerie à avoir ainsi un train particulièrement affecté au
service des batteries et un autre pour le service des parcs, ponts, etc., la
nature de ces services exigeant des conditions différentes de chacun d' eux, on
ne saurait mettre de côté, avec indifférence, ce qui intéresserait le sort de
ceux qui appartiennent à l'organisation actuelle du train : il serait de toute
injustice de ne pas reconnaître la manière dont ces troupes ont servi à la
guerre, avec quel courage et quel dévouement elles ont secondé l'artillerie
dans les circonstances les plus critiques; mais, en discutant des principes
d'organisation, on ne saurait être détourné des résultats importants qu'on peut
obtenir par des considérations individuelles ; il faut atteindre le but, et il
est alors du devoir et de la dignité du gouvernement de pourvoir honorablement
et avantageusement au sort de ceux dont les intérêts se trouveraient froissés.
On admet qu'il faudra toujours quelques cadres de train
de parc pour l'artillerie de l'armée. Ces cadres auraient un certain nombre de
soldats et de chevaux qui feraient le service dans les directions, afin de
laisser entièrement disponibles les chevaux que les régiments auraient pour
atteler leurs batteries.
En temps de guerre, on jetterait immédiatement dans ces
cadres la masse d'hommes et de chevaux que les besoins de l'armée exigeraient.
L'élite de ces hommes entretiendrait le train des batteries, ce qui relèverait
encore celui-ci et n'introduirait dans les batteries que des hommes exercés et
de choix.
Il semble que ces dispositions assureraient le service de
l'artillerie, de manière à remplir toutes les conditions, en conciliant des
opinions opposées, dont l'une réclamerait peut-être une fusion entière du train
dans l'artillerie, que nous ne croyons pas pouvoir avoir lieu sans de graves
inconvénients ; l'autre persistant à maintenir ce qui existe aujourd'hui, ce
qui nous parait également contraire à la bonne organisation de l'artillerie de
bataille, car il paraît impossible de parvenir à la rendre mobile et
manœuvrière, surtout l'artillerie à cheval, tant que ces troupes n'auront pas
l'entière disposition de leurs chevaux d'attelage. On a insisté pour qu'il y
ait trois batteries par régiment. L'artillerie française aurait donc trente-six
batteries attelées de six bouches à feu, C'est assurément le moins qu'il puisse
y avoir quand on compare ce qui existe dans des États voisins dont les
ressources sont sien moindres.
Il
n'appartient pas au cadre dans lequel se renferment ces observations générales,
de discuter ni de développer en entier un projet d'organisation qui ne peut se
déterminer que sur les ressources que l'État pourrait y employer et
l'importance qu'il y attacherait ; nous pensons qu'en admettant la plus faible
base, il conviendrait d'avoir pour chaque régiment d'artillerie à cheval et à
pied, de quoi atteler au complet trois batteries, nombre indispensable pour
faire les évolutions de batteries et exécuter toutes les manœuvres. Il
faudrait, pour cela, environ deux cents chevaux de trait par régiment, et cent
vingt hommes 14).
14) Il est nécessaire que chaque régiment à pied et à
cheval ait de quoi manœuvrer trois batteries en temps de paix : en tout,
environ deux mille quatre chevaux de trait, et quatorze à quinze cents hommes
pour les conduire.
Les compagnies
d'artillerie à cheval pourraient être, à cet effet, augmentées15) de
deux maréchaux des logis, deux brigadiers, un trompette, un maréchal ferrant,
quinze cantonniers conducteurs et trente chevaux de trait.
15) Depuis, les compagnies d'artillerie ont reçu six
sous-officiers et six caporaux ou brigadiers.
Chaque
régiment d'artillerie à pied aurait un cadre d'escadron du train composé au
moins de cent vingt soldats, et de deux cents chevaux, avec un certain nombre
de sous-officiers et brigadiers proportionné aux cadres des compagnies dont on
voudrait former cet escadron. Toute cette organisation serait facile,
pourvoirait à tous les besoins, assurerait à l'artillerie les moyens de
s'instruire parfaitement de tout ce qui concerne son service à la guerre,
n'exigerait environ que deux mille quatre cents chevaux de trait pour toute
l'artillerie à pied et à cheval, et quatorze à quinze cents soldats du train ou
canonniers conducteurs ; cette quantité pouvant encore être réduite, si cela
était nécessaire.
Il y a lieu
de remarquer que si on prenait le parti d'adopter le matériel anglais qui
réduirait, d'après ce que nous avons exposé à les manœuvres d'artillerie à de
simples manœuvres de pièces, sans caissons, cela permettrait encore, entre
autres avantages, de simplifier, en temps de paix, l'organisation des cadres
des batteries, attendu que trente-six chevaux du train suffisent pour atteler
une batterie de six bouches à feu, admettant que chaque régiment à pied et à
cheval devrait avoir trois batteries attelées, par les motifs énoncés
précédemment ; il ne faudrait ainsi qu'une centaine de chevaux de trait par
régiment à pied et à cheval : douze cents, par conséquent, pour les douze
régiments d'artillerie, si toutefois il était nécessaire de se renfermer dans
les limites d'une aussi stricte économie.
On peut
s'appuyer de l'exemple de l'artillerie prussienne qui se compose de cent huit
compagnies à pied, et vingt-sept à cheval ; les premières ayant toujours deux
pièces attelées, et les autres quatre. Le pied de paix se compose donc de deux
cent seize pièces d'artillerie à pied, et de cent huit à cheval, réparties en
neuf brigades. L'attelage de cette artillerie exige environ dix-huit cents
chevaux de trait.
Cette
excellente organisation lui assure un degré de perfection et de mobilité que
nous ne pourrons atteindre avec la nôtre, quelques efforts qu'on fasse, tant
que nous resterons sur le pied où nous sommes.
Nous ne
parlerons pas de l'artillerie russe formée toujours en batteries. L'immense
quantité de chevaux excellents dont dispose la Russie permet d'y entretenir
toujours une grande partie de l'artillerie attelée. On peut y compter cent
vingt à cent trente batteries de huit bouches à feu attelées, en temps de paix.
Nous avons
parcouru d'une manière générale les inconvénients graves qu'offre notre système
de matériel, principalement à cause de la multiplicité des voitures qu'il
entraîne nécessairement, et de leur peu de mobilité ; ceux qui résultent de
l'existence isolée et séparée du train ; les avantages dont jouissent, au
contraire, les artilleries étrangères, par la simplicité de leur matériel qui
ne se compose que de pièces portant avec elles leurs munitions ; et l'habileté
et la rapidité qu'elles obtiennent, ayant toujours des batteries organisées,
des artilleurs pour conduire les bouches à feu, ou du moins le train distribué
dans les batteries et entièrement dépendant de l'artillerie, et nous concluons
:
1. Qu'il est
à propos d'adopter, le plus tôt possible, le matériel anglais, avec timon, et
un chargement de munitions d'au moins quarante coups sur l'avant-train.
2. Qu'il
pourrait y avoir de l'avantage à reprendre le 616), attendu que la
condition très-importante d'un chargement sur l'avant-train, assez considérable
pour la durée d'une action, est plus facile à remplir, et que l'infériorité de
calibre peut être compensée par une faible augmentation de la quantité des
pièces et une plus grande légèreté et mobilité : cinq pièces de 6 valant bien
quatre pièces de 8, et produisant autant d'effet.
16) Surtout pour l'artillerie à cheval. Cette question a
été décidée depuis. Le 8 étant adoptée, ces deux calibres sont trop semblables
dans leurs dimensions pour pouvoir être admis à la fois.
3. Que la
quantité d'obusiers est trop forte dans la composition de nos batteries, à
raison de deux pour quatre canons, un seul paraîtrait peut-être trop peu ; la
formation des batteries à huit pièces paraît préférable, dont deux obusiers,
qui s'y trouvent alors dans une juste proportion.
4. Qu'il
conviendrait d'admettre des batteries d'obusiers dans la composition de
l'artillerie d'une armée : une par corps d'armée17).
17) Il conviendrait d'avoir aussi de petites charges pour
les obusiers, pour tirer des obus sous un angle élevé, par exemple 15o,
et qu'ils pussent rester an lieu de leur première chute et y éclater (environ
quatre cents toises). Cette disposition, appuyée sur l'expérience, a été
introduite avec succès dans l'artillerie prussienne et existe en Autriche.
L'artillerie prussienne est répartie en neuf brigades,
composées chacune de douze compagnies à pied et trois à cheval, commandées par
un seul chef qui relève du commandement général situé à Berlin.
5.
D'organiser, le plus tôt possible, le train sur un autre pied, en incorporant
dans l'artillerie à cheval, des hommes comme canonniers conducteurs, ce qui lui
serait nécessaire pour avoir trois batteries attelées par régiment, avec des
chevaux de trait en proportion.
6. De mettre
à la suite des régiments d'artillerie à pied, un ou plusieurs escadrons du
train composés de cadres de compagnies, assez forts, du moins en hommes et en
chevaux, pour atteler trois batteries ; l'escadron commandé par un chef de
bataillon d'artillerie, les compagnies par des lieutenants d'artillerie.
7.
D'organiser des cadres de train de parc d'artillerie composés d'assez d'hommes
et de chevaux pour le service des arsenaux et directions.
8. Aussitôt
que le matériel anglais serait adopté, d'en donner, au plutôt, des batteries à
l'artillerie à cheval, comme ayant un besoin plus pressant d'un matériel
simple, mobile, qui lui permette d'acquérir la rapidité qu'ont toutes les
artilleries étrangères, et que notre organisation nous empêche d'atteindre. »
Source: Anonymous,
“Observations sur les changemens qu’il paraîtrait utile d’apporter au matériel
et au personnel de l’artillerie”, in ‘Le Spectateur Militaire’, Tome troisième
(Paris 1827) pp. 129-159.
© Geert van Uythoven